Mes pépites de juillet : ambiance et interviews d’éditeurs

Aujourd’hui je vous propose un nouvel épisode de ma série « mes pépites », dans laquelle je partage avec vous mes trouvailles et petites réflexions du mois en matière d’écriture. Pour ce mois de juillet, je vais vous parler de vue sur les toits, d’ambiance, de deux interviews d’éditeurs hautement instructives et d’un conseil de scénariste.

Une pépite d’ambiance (Bruce Bégout)

Cette semaine j’ai passé une journée à Paris. J’y vais très souvent dans le cadre de mon travail de Gestalt-thérapeute, et une fois mes rendez-vous sur place honorés, je prolonge toujours mon séjour de quelques heures pour flâner ou travailler, cela me donne l’occasion de savourer le luxe de vivre en partie de l’écriture, la liberté de pouvoir travailler n’importe où, quand on le souhaite.

J’ai pour habitude de tester des cafés dans lesquels les ordinateurs sont autorisés, ou des lieux de coforcing confortables. Cette fois-ci, je me sentais habitée d’une envie de surplomber la ville, de prendre de la hauteur.

Et j’ai découvert un endroit magnifique : le Terrass’ Rooftop bar. Un bar posé sur le toit d’un grand hôtel de Montmartre, avec des fauteuils moelleux, des toiles d’ombrage, des cafés frappés et une vue incroyable sur la ville.

Pile l’ambiance dont j’avais besoin à ce moment-là.

J’écris ici le mot « ambiance », et ce n’est pas sans raison. En philosophie (en phénoménologie plus exactement), il existe un livre de référence sur le sujet, écrit par un philosophe contemporain : Le concept d’ambiance, de Bruce Bégout.

Sur ce toit, à Paris, j’en ai relu le début. Dans ce livre, Bruce Bégout rappelle une très vieille croyance. D’Aristote à Kant, la philosophie a toujours envisagé nos affects comme des réactions.

D’abord quelque chose frappe nos sens : c’est la sensation. Puis cette sensation résonne en nous : c’est le sentiment.

Bruce Bégout explique que Nietzsche, puis les phénoménologues ont renversé la table : Pour eux, notre expérience ne débute pas par le choc d’un élément extérieur sur nos sens, pour se prolonger ensuite en émotions intérieures.

Dès la première seconde, nous baignons dans une ambiance qui nous ouvre à la fois au monde et aux autres. L’affectivité ne vient pas en second : elle est là au départ, c’est en elle que l’expérience prend forme.

On est toujours imprégné(e) d’emblée par une impression d’ensemble. « L’ambiance forme le dôme invisible sous lequel se déroulent toutes nos expériences. »

Pour autant, mettre des mots là-dessus n’est pas évident. Bruce Bégout dit : « Mais que les hommes ressentent les ambiances ne signifie pas qu’ils savent les décrire et les comprendre. »

Il y a « quelque chose dans l’air », mais cela reste vague. Et je trouve qu’il y a là matière à créer un exercice d’écriture créative au quotidien pour les auteur(e)s. En s’exerçant au quotidien, à percevoir les ambiances et à les qualifier.

Par exemple, en portant notre attention sur les verbes, les adjectifs qualificatifs (flottant, déséquilibré, immobile, dispersé, rugueux…) et les métaphores, les images qui nous viennent, dans un premier temps.

Pour s’exercer à rendre palpable, par l’écriture, ce qui échappe à la plupart des gens.

Deux interviews d’éditeurs

Il y a 3 jours, j’ai écouté sur Youtube une interview extrêmement intéressante de Stéfanie Delestré, directrice de la collection Série Noire chez Gallimard. Durant les dix premières minutes, cette éditrice s’exprime sur le sujet de l’intelligence artificielle et je me suis sentie plusieurs fois en désaccord avec son propos, notamment concernant l’utilisation de l’IA pour analyser le potentiel d’un texte, ou pour délester l’éditeur de la nécessité de faire des remarques désagréables aux auteurs.

Mais ce qu’elle dit ensuite sur les textes reçus par le service des manuscrits est extrêmement instructif. Elle explique que « beaucoup de manuscrits sont rédigés dans un français à peu près correct, mais qu’ils n’ont pas de qualités stylistiques et littéraires particulières ».

Elle explique que ce qui pèche le plus, c’est le fait que « les textes sont rarement bien construits ». Pour elle, « souvent, il y a un démarrage intéressant, une trentaine de pages qui pourraient laisser croire que le roman a un intérêt, mais assez vite, tout s’essouffle, parce que les auteurs travaillent particulièrement le début, mais beaucoup moins le milieu et la fin de leur roman ».

Elle dit aussi qu’il « faut absolument que la structure soit solide, que les personnages soient fouillés, pas seulement des espèces de fantômes qui passent, ce qui arrive très fréquemment ».

J’ai aussi écouté l’interview de Frédéric Martin, fondateur de la maison d’édition indépendante Le Tripode. Le passage sur les critères de sélection d’un manuscrit (à compter de la dixième minute) est extrêmement instructif.

Pour cet éditeur il n’existe qu’un seul critère de sélection : c’est la surprise. « Si vous commencez à lire un texte et que vous avez l’impression de l’avoir déjà lu, ce n’est pas bon signe », explique-t-il.

Il dit aussi qu’un éditeur sent très vite si un livre est susceptible de l’intéresser, parfois dès la lettre de présentation. Dans certains cas il lui arrive aussi d’aller au bout du livre et d’hésiter, mais il constate que jusque-là, pour tous les auteurs qu’il a été amené à publier, l’intérêt s’est toujours manifesté dès les premières lignes.

Ce que je retire de l’écoute de ces deux vidéos, ce sont deux convictions qui étaient déjà miennes, mais que le temps (et mon expérience d’autrice et d’accompagnante littéraire) ne cesse de renforcer :

1) Le premier critère (et presque le seul) pour être publié(e), c’est la qualité du roman. 2) Parmi tous les textes reçus par les services des manuscrits, les romans porteurs de qualités littéraires et stylistiques indéniables, captivants, à l’intrigue bien construite ne sont pas légion.

Et ma conclusion, qui est plutôt une bonne nouvelle, c’est que ces éléments-là se travaillent. Il est toujours possible de progresser.

L’écriture comme habitude (Iglésias)

Ma dernière pépite de juillet, c’est un passage que j’ai relu dans le livre 101 Habits of Highly Successful Screenwriters, de Karl Iglesias (non traduit). L’auteur y défend la thèse suivante : plus que le talent, c’est l’habitude qui mène les auteurs vers le succès.

Il cite le poète Niyi Osundare : « On ne devient écrivain qu’à partir du moment où l’on a fait de l’écriture une habitude, et où cette habitude a viré à l’obsession. » Cette phrase me parle beaucoup.

Je vis très clairement l’écriture comme une obsession, et je crois qu’en tant qu’écrivain, c’est vraiment quelque chose qui nous aide à tenir, tant les parcours littéraires sont rarement de longs fleuves tranquilles.

En ce moment, je suis au seuil d’un nouveau roman. Je laisse des personnages commencer à m’habiter, je tâtonne quant au thème que j’ai envie d’aborder, je cherche à ajuster le genre littéraire dans lequel j’ai envie de m’inscrire.

Je pose mes premières pierres en spirale et en réseau, de sorte que tout soit relié et interconnecté. Et je sens combien ce processus s’inscrit purement dans le plaisir de la créativité, de l’écriture, de la réflexion, bien avant l’envie d’être publiée.

Sans cela, sans l’habitude au quotidien, sans le désir de progresser et de découvrir, sans l’obsession, on ne tient pas très longtemps.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.