5 secrets pour un antagoniste mémorable

L’héroïne, le héros. Notre personnage principal. Voilà en général la première chose à laquelle nous pensons quand nous commençons à travailler sur un roman. Il y a quelque temps, en lisant le livre d’un scénariste américain, je suis tombée sur une proposition surprenante :

Partir à contresens. Bousculer nos habitudes. En construisant d’abord notre personnage antagoniste principal.

Cela permet tout d’abord de poser un principe primordial : L’antagoniste est aussi important que le protagoniste. Parce qu’il est responsable de “l’histoire derrière l’histoire”. L’intrigue derrière l’intrigue.

Cette deuxième histoire, de fond, c’est celle qui le pousse à s’opposer à notre héroïne ou notre héros. À lui mettre des bâtons dans les roues. Via un objectif contradictoire, ou parfois un objectif identique (effet de concurrence).

L’antagoniste participe donc à définir l’action, et le personnage principal. Puisque ce dernier ne commence à devenir intéressant, attachant, remarquable ou encore héroïque qu’à partir du moment où il rencontre un obstacle.

Le personnage antagoniste principal est profondément relié au thème de l’histoire. Et c’est un pivot du climax, car en général, l’acmé d’un roman est un moment de confrontation entre le protagoniste et l’antagoniste.

Il faut donc penser à rendre l’antagoniste suffisamment présent dans le récit. Voire omniprésent. A le faire intervenir régulièrement dans les scènes. Même lorsqu’il n’est pas là directement, en chair et en os, on peut l’évoquer, laisser planer une menace liée à sa personne.

En ce moment, je prépare mon huitième roman, et j’aimerais partager avec vous les grands principes que je garde en tête pour bâtir mon personnage antagoniste.

Concevoir soigneusement sa personnalité

Puisque ce personnage est important, il doit être bien caractérisé, épais. Égocentrique, vaniteux, narcissique, autoritaire… : on peut simplement commencer par une liste d’adjectifs. L’antagoniste peut être malveillant, mais pas nécessairement.

Un parent bien intentionné, par exemple, peut constituer un antagoniste redoutable pour son fils ou sa fille. Une fois quelques termes posés sur le papier, je trouve intéressant de penser les choses de manière dynamique.

Songer à ses réactions au cœur des conflits narratifs. Tâcher d’être réaliste (ou en phase avec l’univers de l’histoire).

Une parenthèse ici : je ne sais pas si c’est votre cas, First name, mais j’ai le sentiment que le mot “antagoniste” est souvent associé à un imaginaire de films d’action, de romans d’aventure ou de fantasy.

Il peut alors sembler caricatural ou “inutilisable” dans d’autres genres littéraires. Ce qui m’aide, pour ma part, c’est de me constituer une banque interne de références à des antagonistes tirés de la littérature blanche.

Je pense à “La familia grande” de Camille Kouchner, ou au “Consentement” de Vanessa Springora, par exemple (qui ne sont pas des romans).

Équilibrer les forces en présence

Il s’agit de répartir les atouts de manière harmonieuse entre le héros et l’antagoniste

Le lectorat ne doit pas être en mesure de deviner lequel des deux personnages va prendre le dessus. Pour cela, donnez de l’envergure à votre personnage antagoniste. Elle sera la garante de l’incertitude quant à l’issue de la situation.

Ce peut être une question de moyens financiers, de statut social, d’autorité naturelle, de place dans la généalogie, de personnalité, etc. Les possibilités sont multiples.

Rendre les actes de l’antagoniste compréhensibles

Bien sûr, ce n’est pas un principe intangible. Parfois un antagoniste est juste malfaisant, et c’est tout. Les lectrices et les lecteurs ne tiennent pas forcément à savoir de quelle manière un serial killer est devenu ce qu’il est.

Il est possible de faire l’impasse sur la causalité. Mais la plupart du temps, des explications quant au sens du comportement de l’antagoniste aideront votre lecteur/trice à tisser des liens avec lui (liens de fascination, d’attirance, de rejet, etc.) même si ce dernier n’est pas conscient des origines de son attitude.

Il peut aussi être intéressant de créer ce que Dan Brown appelle une “zone grise morale”. L’idée que le personnage antagoniste agit de manière délétère pour de “bonnes” raisons. Il est fidèle à ses valeurs.

Le “Da Vinci Code”, par exemple, met en lumière une zone grise morale liée aux questions religieuses. L’antagoniste est parfaitement convaincu de faire le bien. Cette question morale est souvent fascinante pour le lectorat.

Soigner l’entrée en scène de l’antagoniste

Cela peut se faire avec une image marquante, d’emblée. En plaçant l’antagoniste directement au coeur d’un conflit narratif. En utilisant bien sûr le procédé du “show don’t tell”. De manière à créer un malaise, un inconfort, une empreinte émotionnelle forte, dès le départ.

Tracer son arc trajectoriel

C’est-à-dire sa trajectoire d’évolution psychologique. Cet arc peut tout à fait être plat. C’est même fréquent en littérature. L’antagoniste ne change pas, n’est pas transformé psychiquement par les événements de l’histoire.

Mais il peut aussi être “ondulé”, avec une mue du personnage. Vous noterez que j’emploie le terme “ondulé” plutôt que les expressions consacrées “arc positif” et “arc négatif”. Ceci, parce que je crois qu’on peut être subtil(e), nuancé(e).

Raconter une évolution, en travaillant sur tous les pôles de notre antagoniste : sa biographie, son parcours de vie, ses blessures, ses valeurs, ses croyances…


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.