Besoins et stratégies : penser l’intrigue à partir du personnage

Il existe une notion que j’aime beaucoup, en Communication Non Violente (CNV). Et qui peut être très utile aux auteur(e)s. C’est celle des besoins et des stratégies

L’idée princeps, c’est de chercher les besoins cachés sous les plaintes, sous les problèmes, sous les jugements.

Revenons à la CNV et imaginons un exemple : Vous vous trouvez au coin du feu avec votre meilleur ami. Ce dernier est très accablé. Il vous explique qu’il aimerait pouvoir se confier plus à sa compagne.

Qu’elle est taiseuse. Que les conversations, ce n’est pas son fort. Ils ont peu de discussions profondes, tous les deux. Ils ne parlent pas de leurs doutes, de leurs joies, de leurs questions existentielles.

Et votre ami en souffre beaucoup.

Partant de là, vous pourriez chercher avec lui les besoins cachés sous cette peine. S’agit-il d’une nécessité de se confier, d’être accueilli ? A-t-il besoin d’une oreille dans laquelle s’épancher ?

Ou bien est-ce un élan de vivre plus d’intimité avec sa femme ? Aimerait-il partager des moments intenses avec elle ?

Lorsqu’on identifie le ou les besoin(s) sous-jacents, on peut ensuite monter à l’étage des stratégies. Comment nourrir ce besoin ? Bien souvent, on se fixe sur une façon unique de le faire.

Sans voir que des options différentes sont possibles. Dans l’exemple qui nous occupe, ce pourrait être : Trouver un(e) autre confident(e). Vivre de l’intimité autrement que dans une conversation.

Si vous êtes joueur(se), ce qui est assurément le cas puisque vous écrivez 😉, vous pourriez même aller plus loin avec ce petit exercice. Vous demander : Quelle serait la pire stratégie pour tenter de répondre à ce besoin ?

Ou encore : quelle serait la meilleure stratégie pour ne surtout pas nourrir ce besoin ?

Partir du besoin du personnage

Quand on rédige un roman, il est très intéressant de voir les choses sous cet angle. Partir du besoin de votre personnage. Et envisager les événements de votre histoire comme des stratégies pour y répondre.

On passe alors d’un choix aléatoire des péripéties, à un choix délibéré et ciblé.

Je vous le disais dans l’email de la semaine dernière, il y a dans un roman trois lignes d’intrigue différentes. La première, que j’appelle la clé de sol, c’est l’intrigue elle-même. Les péripéties, les événements du récit.

La deuxième, c’est la clé de fa, ou arc du personnage. La ligne d’évolution psychologique de votre protagoniste. Et la dernière, c’est l’intrigue relationnelle.

Commencer par l’arc, pas par l’intrigue

Lorsqu’on débute en écriture, on a tendance à raisonner à l’envers. On commence par faire le plan de notre roman. On songe aux faits, aux actions, aux événements. Et l’on s’intéresse dans un deuxième temps aux besoins profonds du personnage.

À sa nécessité d’évolution psychologique.

On fait alors fausse route, car l’un des secrets des romans puissants, captivants, c’est l’interdépendance des 3 lignes d’intrigue. Et pour concevoir efficacement cet entremêlement, le mieux est de commencer par la clé de fa.

Par l’arc du personnage. Penser en termes de besoins profonds. De transformation à vivre. Vous dire que votre protagoniste a besoin de quitter ses vieux schémas de fonctionnement.

Tracer dès le départ l’arc de votre personnage permet de choisir ensuite, dans la clé de sol (l’intrigue) des événements taillés sur mesure. Des stratégies parfaites pour pousser votre personnage vers ce qu’il n’a pas envie de voir.

Pour le jeter hors de sa zone de confort. Pour lui enseigner ce qu’il a besoin d’apprendre. Pour le balloter dans un sens puis dans l’autre. Pour l’aider à atteindre ce qu’il cherche à atteindre.

Ou à l’inverse lui mettre des bâtons dans les roues. Bref, faire de votre arc de personnage le moteur de votre intrigue.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.