Oser apparaître : la question de la légitimité de l’auteur

L’autre jour, j’écoutais une interview de Mélissa Da Costa sur le podcast In power. Elle disait : « Quoi qu’il arrive, à partir du moment où on a du succès, on est catalogué comme une espèce d’auteur commercial qui fait de la littérature facile ».

Elle parlait aussi d’une longue période de blocage survenue après avoir essuyé des critiques. Et ça m’a frappée. On peut être en tête des ventes de livres en France. Et devoir tout de même composer avec les doutes, le manque de reconnaissance.

Pourquoi la littérature a un statut à part

Je parlais donc des problèmes de reconnaissance

C’est fou, quand on y pense. Cette insistance, chez tous les auteurs, des questions de légitimité. Et je trouve vraiment qu’en cela, la littérature a une place à part dans le paysage des arts.

On hésite rarement à dire qu’on prend des cours de piano, qu’on aime cuisiner des sushis (ratés) ou qu’on peint des aquarelles. Mais avouer qu’on écrit, c’est plus compliqué. Certes, l’écriture est un acte intime, une forme de dévoilement.

Mais je pense que le problème est plus vaste que ça. Il y a, dans notre société, une injonction implicite à prouver qu’on est légitime en tant qu’écrivain. Il faudrait systématiquement être publié(e).

Avoir d’emblée du succès, une certaine notoriété. Pondre un manuscrit sans défaut. Ne pas verser dans une littérature “facile” ou “de genre”. Avoir l’envergure pour passer à La Grande Librairie.

Etc.

En y songeant, j’ai réalisé que je ne suis pas complètement épargnée. J’ai longtemps caché le fait que j’écrivais (jusqu’à ma première publication… un vrai coming out littéraire brutal 😅).

Et aujourd’hui encore, avec les personnes « supposées sérieuses » de mon entourage (notamment les médecins, les thérapeutes que je fréquente), je reste souvent très discrète sur le sujet.

Si l’on ne m’interroge pas là-dessus, j’ai tendance à ne pas dire que je suis auteure. Parce que je n’écris pas de littérature blanche. Que les couvertures de mes livres sont colorées, taillées pour les rayons dits « feel good ».

On m’a d’ailleurs demandé à plusieurs reprises si je n’avais pas envie d’écrire « autre chose ». L’un de mes éditeurs m’a aussi conseillé de changer de registre. Mais cela ne me correspondait pas, j’aurais eu l’impression de me trahir.

S’autoriser, malgré la peur des critiques

En thérapie, mes patients amènent souvent sur le tapis des questions similaires. « Je n’ai pas confiance en moi. » « J’ai peur de ce que les autres vont penser. » « Je crée des empêchements par peur des critiques. »

Et je fais souvent, alors, ce que l’on fait en thérapie 😊 : je les invite et je les aide à explorer, déplier ce qui se trame. Parfois, des souvenirs d’enfance surgissent. Parfois, certain(e)s réalisent qu’ils ou elles ont besoin d’une sorte d’autorisation, et nous réfléchissons à la manière de la trouver.

Que leur peur de décevoir, de n’être pas à la hauteur est à la mesure de leur désir de bien faire, de leur enthousiasme, leurs envies. Quand on a beaucoup pris l’habitude de disparaître, il n’est pas simple d’apparaître.

J’y pensais hier soir en m’installant à mon bureau, pour avancer sur le manuscrit de mon septième roman. Un livre à propos duquel j’avais eu des doutes, au départ (je vous en avais parlé), avant d’être rassurée par mes éditrices chez Eyrolles.

J’ai songé à ce qui m’aide, lorsqu’un sentiment d’illégitimité surgit. Me centrer sur le plaisir et suivre mes élans. Penser en termes de créativité, oublier les critiques potentielles.

Savoir que je prends appui sur mes expériences précédentes. Et me glisser dans une bulle salvatrice, un déni bienfaisant. Certes, il y a des lecteurs au dehors, mais pour l’instant je suis seule avec moi-même, seule avec ce que j’aimerais exprimer, ce qui cherche à se dire, je vais ouvrir grand la porte et tout m’autoriser.

Mon éditrice chez Eyrolles m’avait dit à propos du “millième jour de la marmotte” que c’était un OVNI, et j’aime bien cette idée. De ne pas se soucier des codes, de sortir des sentiers battus si telle est l’envie du moment.

Et c’est ce que je vous encourage à faire. Chaudement. Écrivez ce que vous avez envie d’écrire. Profitez de ces moments avec vous-même. Lancez-vous dans votre premier jet sans trop réfléchir.

Protégez-vous des critiques et des personnes susceptibles de vous décourager. Oser écrire et apparaître n’a rien de ridicule. C’est même très courageux. Parce que vous allez vous coltiner un face-à-face inconfortable avec des questions épineuses.

Les besoins de reconnaissance, de légitimité, de validation extérieure. La peur de l’échec, la honte, parfois. Ce fameux syndrome de l’imposteur, mot un peu galvaudé, mais qui peut avoir un sens singulier pour chacun(e) d’entre nous.

Vous allez faire du chemin, progresser, votre style va s’affirmer et s’étoffer. Mais cela ne peut se faire que d’une seule manière : en laissant pleine licence à votre désir d’écrire. 😉


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.