Mon premier roman publié, Le Début des haricots s’est écoulé à plus de 50 000 exemplaires. 20.000 exemplaires en auto-édition, puis 30.000 exemplaires après sa publication chez Albin Michel et Le Livre de poche.
Bien sûr, ce succès est lié à de multiples causes, dont certaines m’échappent assurément. Mais je suis convaincue qu’un facteur en particulier a été décisif : Le fait que, dans ce roman, mon personnage principal, Anna, possède un arc trajectoriel très clairement dessiné et structuré.
Pas juste une blessure du passé. Ni d’une simple “profondeur psychologique”. Mais un véritable parcours de transformation.
Deux niveaux d’erreur
Et c’est précisément ici que beaucoup d’auteur(e)s se fourvoient. Avec un problème qui peut se situer à deux niveaux : Le premier niveau, le plus évident, c’est l’absence totale d’arc trajectoriel de personnage.
Un protagoniste semblable à lui-même sur le plan psychologique, de la première à la dernière page du livre. Qui traverse et surmonte diverses péripéties sans que cela le transforme réellement.
Ce personnage sans arc est en général paré de multiples qualités, tout va très bien pour lui, merci, et la notion de vieux schémas répétitifs qui l’enferment dans des problèmes récurrents lui est étrangère (là où nous autres lecteurs et lectrices, par contre, voyons parfaitement bien de quoi il s’agit 😉).
Ces romans-là ont une caractéristique commune : il nous laissent une impression au mieux de légèreté, au pire de superficialité. Vite lus, vite oubliés.
Le deuxième niveau, c’est une confusion ultra-fréquente. Que je vois très souvent en coaching individuel. Elle consiste à confondre “blessure psychologique” et “arc trajectoriel”. Or, ce n’est pas du tout la même chose.
Consigner une blessure psychologique sur une fiche personnage est un phénomène statique. Tandis que la construction d’un arc trajectoriel est un processus dynamique,
qui consiste à mettre la psychologie en mouvement,
à filer la transformation comme on file une métaphore.
Souvent, ce deuxième niveau donne des manuscrits dans lesquels l’auteur(e) décrit une faille, un antécédent de blessure psychologique, un traumatisme chez son personnage en début de roman,
puis déroule ses chapitres en omettant de nous montrer de quelle manière le personnage est affecté par les événements de l’histoire. Et d’un coup, à la fin, la résilience arrive. Le traumatisme est soudain surmonté, la faille s’estompe miraculeusement.
L’auteur(e) a l’impression d’avoir fait le travail. Mais pour le lectorat, c’est un sentiment de fadeur qui surnage. Car un arc trajectoriel a besoin d’être tricoté dans la longueur, avec minutie et nuances, une page après l’autre.
Le personnage change parce que l’histoire le bouscule
Un personnage ne change pas parce qu’il a une blessure. Il change parce que l’histoire tout entière vient le bousculer. Que l’élément perturbateur le propulse dans une situation qui le met à l’épreuve, le prive de ses ressources.
Que l’histoire se charge de lui montrer que ses vieux schémas de fonctionnement ne sont plus adaptés. Et qu’il se voit douloureusement forcé de reconsidérer ses priorités et de placer ses vrais besoins au centre de sa vie.
Un chemin progressif, pensé et structuré consciemment par l’écrivain.
Et c’est précisément ça que les lecteurs et les lectrices viennent chercher en ouvrant votre livre : Un voyage émotionnel. Une expérience intérieure. L’ouverture d’un champ des possibles susceptible de faire bouger, aussi, quelque chose en eux.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.