Ce que votre agent littéraire vous dirait (2)

Il y a quelque temps, je vous avais parlé des agents littéraires américains dans Le Lab. Avec l’idée que ces derniers, incontournables aux USA, ce qui marque une grande différence avec le système éditorial français, amènent à leurs auteur(e)s une vision professionnelle et un soutien complémentaires de la vision artistique.

Aujourd’hui, je vous propose un épisode 2 pour cette petite série des réflexes d’agents intéressants à adopter dans votre vie d’auteur(e). Pour cela, j’ai épluché des interviews d’agents littéraires stars aux USA : Mark Gottlieb, Nelle Andrew et Sue Armstrong (retrouvez mes sources du jour en fin d’email).

Voici donc ce que vous dirait votre agent littéraire américain, si vous en aviez un :

Conseil 1 : pensez carrière, pas manuscrit unique

« Je me vois comme une gestionnaire, une éditrice, une négociatrice, une conseillère (parfois) et une stratège. Nous créons et préservons des opportunités de carrière à long terme dans ce domaine, et nous apportons tout le soutien nécessaire pour y parvenir. »

Nelle Andrew

Comme vous le constatez, les agents voient large, et leur travail s’inscrit dans la durée. Cette idée, je l’ai entendue à plusieurs reprises dans le monde de l’édition français. À mes débuts, mes éditrices m’ont souvent demandé si j’avais le projet d’écrire plusieurs livres, par souci d’assurer une potentielle collaboration sur le long terme. Publier un premier roman est un pari, qui repose en partie sur la confiance en la capacité de l’écrivain à bâtir un véritable parcours littéraire.

Mon agent (français) m’a aussi expliqué que, livre après livre, la confiance des éditeurs grandit, puisqu’ils constatent notre aptitude à aller au bout de plusieurs manuscrits. Ce n’est pas toujours évident quand on est primo-romancier(e), car on a souvent l’impression que cet opus initial contient tout : toutes nos idées, toutes nos potentialités stylistiques.

Qu’il est l’alpha et l’oméga de notre désir d’écrire. En réalité ce n’est qu’un début. Et si ce premier roman ne marche pas, passer au suivant est en général salutaire pour avancer, fort(e) de cette première expérience (quitte à y revenir plus tard).

Conseil 2 : votre voix compte plus que tout

« Qu’est-ce qui vous pousse à vous intéresser de près et à demander un manuscrit complet ? » « L’assurance de la voix. Dès la première ligne, on sent que l’auteur maîtrise parfaitement son style, qu’il est passionné par son histoire et qu’on est immédiatement happé par cette dernière. C’est comme plonger le visage dans l’eau : le courant est déjà en mouvement et on s’y laisse emporter à cet instant précis. C’est difficile à décrire, mais la voix est essentielle. »

Nelle Andrew

En matière d’écriture créative, on parle beaucoup (moi la première) de pitch, de structure, de personnages. Mais, comme le dit cet agent, avant même tout cela, les éditeurs et le lectorat repèrent autre chose, dès le premier chapitre : une présence, un ton, une voix singulière.

Dans son livre Les 101 habitudes des scénaristes à succès (non traduit), Karl Iglésias cite le scénariste Scott Rosenberg, qui dit une chose similaire : « On sait dès la première page si quelqu’un sait écrire : ça se sent dans l’assurance,

dans la maîtrise. Et cet aplomb permet au lecteur de souffler, de se dire : “Très bien, tu sais écrire. Maintenant, raconte-moi une histoire.” » Voilà pourquoi travailler votre style, votre voix singulière n’est pas un luxe.

Ce n’est pas la cerise sur le gâteau. C’est l’une des cartes maîtresses de votre texte.

Conseil 3 : L’effet Waouh de votre pitch

« Si vous étiez un agent, un éditeur ou un libraire qui entendait peut-être 50 pitchs en une heure, est-ce que le vôtre se démarquerait ? » Sue Armstrong

Pour ma part, je trouve cette question redoutable. Et tout à fait pertinente. Car on oublie souvent le rôle crucial de l’idée de départ d’un roman. Ce qu’on appelle aussi la prémisse : l’essence de l’histoire résumée en quelques phrases.

Les agents américains ont un terme pour désigner une très bonne idée de roman ou de scénario : le high concept. Il s’agit d’une idée tellement captivante qu’elle attire immédiatement l’attention.

Selon Karl Iglésias, la recette des high concepts contient 3 ingrédients : Le premier, c’est l’originalité. Votre idée doit être fraîche, différente, captivante. On peut avoir ici l’impression que ce critère implique de trouver des pistes exceptionnelles, mais parfois, cela tient à peu de choses.

À un glissement de situation, un procédé narratif du “poisson hors du bocal” avec un personnage que l’on place très en dehors de son milieu habituel, une arène intrigante…

Le deuxième critère, c’est la familiarité des émotions sous-jacentes. Même si l’idée est originale, les émotions qu’elle laisse présager doivent être universelles : peur, amour, espoir, tristesse, suspense, etc. C’est ce qui ancre l’histoire dans une réalité que le lecteur reconnaît.

Le troisième ingrédient, c’est une promesse de conflits narratifs, puisque ces derniers sont les moteurs de tout récit. Un bon « high concept » doit clairement suggérer des affrontements (au sens propre ou figuré, internes ou externes), des obstacles ou des tensions dramatiques.

Conseil 4 : Vous ne serez jamais dispensé(e) de la promotion

« Un auteur doit savoir que son rôle dans le marketing et la promotion du livre fait partie intégrante du processus car, au bout du compte, les lecteurs et les fans veulent entendre l’auteur. »

Mark Gottlieb

Souvent, les auteur(e)s qui n’ont pas encore été édité(e)s se méprennent sur ce point. Ils s’imaginent qu’une fois leur premier contrat d’édition signé, ils seront déchargés du travail de promotion (et pour en avoir très souvent parlé avec des écrivains en salon, beaucoup sont déçus de constater que ce n’est pas le cas).

En réalité même avec un agent, un éditeur, une équipe, une attachée de presse (voire deux comme chez Albin Michel, pour le local et le national), une part du travail reste à votre charge.

D’une part, parce qu’un éditeur a de nombreux livres à défendre, et qu’il répartit ses efforts sur tous ses auteur(e)s, à commencer par ses têtes d’affiche. Et d’autre part, pour la raison évoquée par Mark Gottlieb : au bout du compte, c’est vous que votre lectorat veut entendre.

Personne ne parlera exactement comme vous de ce que vous écrivez. Personne ne portera votre projet avec votre voix, votre désir, votre présence. Ce point ne me paraît donc pas forcément constituer une mauvaise nouvelle.

Parce que c’est aussi une manière de construire, petit à petit, une relation vivante avec votre lectorat.

Voilà pour aujourd’hui !


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.