En ce moment, j’écris un nouveau roman. Mon huitième. Et c’est probablement celui de mes livres pour lequel le démarrage a été le plus difficile. Cela m’a menée à me souvenir de 5 principes primordiaux quand on écrit.
Qui ne sont pas forcément ceux auxquels on pense en premier lieu.
Principe 1 : Souvent, ce ne sera pas satisfaisant.
On l’oublie trop souvent : Nous avons le droit d’écrire un texte qui ne nous paraît pas satisfaisant au premier abord. Un paragraphe bancal. Un dialogue qui sonne creux. Une scène manquant de tension narrative.
Avec le temps, je me dis même qu’il est indispensable d’aller au bout de ces passages, sans se laisser interrompre par notre “conscience réflexive”. C’est-à-dire la partie de notre conscience qui prend du recul, réfléchit, analyse en direct ce que nous sommes en train de faire.
C’est parfois un peu inconscient, mais lorsque nous écrivons, nous avons tendance à chercher la fulgurance. Le chapitre d’emblée parfait. Le paragraphe qui nous comblera d’aise à la relecture.
La phrase qui claque. Or, il faut bien se rendre compte que si nous écrivons deux heures, nous ne vivrons pas deux heures de fulgurances. Personne ne vit ça. 😊
Nous allons plutôt vivre deux heures de fouilles, d’essais, d’émergence de matière brute. Avec un certain nombre de phrases justes dans le lot, bien sûr. Mais aussi des choses à peaufiner.
Et je suis vraiment épatée de redécouvrir à chaque roman combien il est, au bout du compte et en général, assez facile d’améliorer un passage insatisfaisant, en modifiant de petits éléments.
Principe 2 : Vous avez le droit de tâtonner
Ce principe-la, c’est l’Architecte en nous qui a souvent besoin de l’entendre. Je l’ai constaté avec mon nouveau roman : il me fallait des rails solides pour pouvoir avancer. Des premiers chapitres tenant parfaitement la route.
J’avais tracé un plan. Mais j’ai tout de même dû tâtonner. Réécrire plusieurs fois le début. M’y reprendre à trois fois pour affiner la voix de l’un des personnages, et trouver le ton juste.
Si vous êtes dans ce cas, vous aussi, dites-vous que ce n’est pas un problème. On a parfois besoin de tester des choses in situ, d’effacer, de recommencer. Ce n’est pas du temps perdu. C’est un temps nécessaire.
Dans “Écriture : mémoires d’un métier”, Stephen King explique que selon lui, les histoires sont semblables à des fossiles qu’il nous faut juste déterrer. En les laissant venir comme si elles étaient toutes prêtes dans un coin de notre être.
C’est parfois le cas. Mais pas toujours. Et je pense que la plupart du temps, écrire ne consiste pas juste dérouler un fil à partir d’une pelote qui serait déjà prête. Mais plutôt à tisser le récit au fur et à mesure.
Avec des détours, des fils qui se cassent, des noeuds qui nous entravent et qu’il nous faut défaire. C’est normal. L’exploration fait partie du processus.
Principe 3 : Savoir ralentir
Là aussi, il me semble que ce principe-la n’est pas simple à mettre en oeuvre. Les processus éditoriaux sont déjà très longs, et nous sommes souvent impatient(e)s. Mais parfois, il faut du temps.
Un temps de maturation, de flottement, de rêverie. Ce huitième roman, j’ai mis dix ans pour être capable de l’écrire. Pour trouver des formes adéquates, maîtriser certains éléments de dramaturgie.
Je ne vais pas le rédiger à toute allure. Un rythme plus lent s’est imposé presque spontanément. Ce qui m’obligera peut-être à faire le deuil d’une parution un an après mon roman précédent.
Ce n’est pas évident, mais c’est nécessaire. Alors voilà : vous ne devriez jamais vous en vouloir si ça prend un peu de temps. Notre époque nous pousse vers la précipitation. Mais certains textes ont besoin de silence avant de trouver leur voie.
Principe 4 : L’inspiration se provoque
C’est l’une des grandes sources de procrastination : Attendre l’inspiration. On n’a pas envie, pas l’élan, on ne se sent pas prêt(e), on repousse. Mais dans la réalité, l’inspiration ne vient pas à ceux qui attendent.
Elle accourt à ceux qui cherchent. Elle se déclenche, elle se provoque.
Je trouve que cela se recoupe avec une idée que j’avais lue dans un livre de Grant Cardone, “La règle du 10X”. Dans lequel l’auteur explique que la chance est une conséquence plutôt qu’une condition de la réussite.
Que la chance, comme le succès, sont des choses que nous créons en agissant, plus que des événements qui nous arrivent.
On peut d’ailleurs apprendre à créer des conditions propices au surgissement de l’inspiration. C’est dans cet esprit que j’ai conçu mon atelier “Un été pour écrire”. Avec l’image d’un terrain d’exploration.
Un endroit où l’on n’attend pas l’inspiration, mais où on l’invite à apparaître.
Principe 5 : Écrire, ce n’est pas toujours agréable
On imagine trop souvent que quand le récit coule de nos doigts vers le clavier avec fluidité, c’est bon signe. Et que quand le texte nous résiste, c’est la preuve flagrante qu’on n’est pas fait(e) pour ça.
Mais ce n’est pas vrai. Il y a des jours où écrire est inconfortable. Où l’on peine, où l’on n’y arrive pas.
Dans ces cas-là, j’aime bien repenser à l’un des principes de la Gestalt-thérapie. L’idée que le chaos, l’incertitude, les moments où l’on patine dans l’inconfort ou la semoule sont précieux.
Le psychologue Jean-Marie Robine dit par exemple que le moment où les certitudes se fissurent est “un moment où précisément, étant donné qu’on ne peut s’accrocher au déjà-connu, la vigilance du thérapeute peut amener le patient à ouvrir ses yeux sur le maintenant”.
Pour créer de nouvelles voies. La notion d’impasse est alors vue très différemment. Comme un signe que quelque chose est en train de se chercher. Que les “vraies” questions sont en train de se manifester, et qu’elles nous montrent le chemin.
Plutôt que nous désoler des difficultés, nous avons souvent beaucoup à gagner à les écouter.
Voilà pour ces quelques idées du moment… sur lesquelles je me suis d’ailleurs appuyée pour écrire cette newsletter, en tâtonnant.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.