Comment utiliser l’humour dans un roman

En France, on a (trop) souvent une vision un peu romantique de l’écriture. Cette idée reçue du fameux « don inné ». La muse de la littérature qui nous serait (ou pas) tombée précocement sur la tête comme la foudre sur un sapin.

Sans aucune marge de manœuvre par la suite. Cela génère des croyances telles que : « L’écriture ne s’apprend pas ». « Les structures narratives donnent des romans convenus et tous identiques ».

« L’écriture n’est pas un art à la portée de tous ».

Je ne suis absolument pas d’accord avec ces postulats. Bien sûr, tout le monde n’est pas voué à devenir Marcel Proust ou Françoise Sagan. Il n’est pas facile d’écrire un bon roman, et de persévérer.

Mais il est évident que l’art de raconter des histoires peut s’apprendre. Que nous disposons toutes et tous d’une très grande marge de progrès et d’évolution.

L’écriture est un art comme les autres

En vérité, l’écriture n’est pas un art différent des autres. Elle est comme la peinture. Comme la musique. Comme la cuisine. La narratologie, la dramaturgie sont semblables aux techniques picturales, au solfège, à la théorie culinaire.

Elles nous permettent de créer sur des fondations solides. Connaître les fondamentaux ne bride pas l’inspiration, au contraire. Cela la nourrit et lui donne plus de moyens. C’est un tremplin vers plus de maîtrise et d’originalité.

L’humour aussi se travaille

Lorsqu’il est question d’humour dans un roman, les croyances sont encore un peu plus tenaces. On a de l’humour ou on en manque. Il est voué à jaillir spontanément, sans technique ni méthode.

Après la foudre, la source… 😉

Pourtant, là aussi, nous avons affaire à une conviction erronée.

Songez, par exemple, à vos humoristes préférés. Si vous comparez leurs sketches de début de carrière, avec des sketchs récents, vous serez probablement très surpris(e) du contraste. L’essor de leur talent saute aux yeux.

Leur maîtrise se décuple avec le temps. Et cette progression ne vient pas de nulle part. Les plus grands humoristes travaillent tous leur art avec rigueur et méthode. Rythme, registres, précision et timing des punchlines, vocabulaire, mise en scène :

Rien n’est laissé au hasard.

Et c’est la même chose pour les romanciers. Si vous écrivez des comédies ou des livres dits feel-good, vous pouvez vous améliorer. Et si vous écrivez dans un autre genre littéraire, connaître les rouages du comique peut également vous être très utile.

Car vous avez tout à gagner à ajouter des touches subtiles d’humour dans votre texte. Quelle qu’en soit la nature : autodérision, humour léger, humour noir, satire, etc. Nombre de best-sellers, dans tous les genres, sont émaillés de trait d’humour.

Faire rire ou sourire votre lectorat est un moyen puissant de l’embarquer dans le récit.

La technique libère la créativité

Ce qu’il faut vous dire, c’est que l’humour ne perd rien de sa spontanéité à être travaillé. Au contraire, il gagne en finesse et en justesse. Prendre conscience que l’humour naît souvent d’un contraste, d’un décalage, par exemple peut être très utile quand vous êtes face à votre feuille blanche.

La sociologue Brigitte Bouquet le dit ainsi : « le comique essaie toujours de faire tenir ensemble des éléments contradictoires. » Comprendre les différents types d’humour, en s’appuyant sur des exemples extraits de romans est aussi essentiel.

Une illustration parmi des dizaines d’autres : quand on réalise que l’ironie s’appuie sur l’antiphrase, la litote ou l’hyperbole (exemples à l’appui), on a, d’un seul coup, plein d’idées pour la manier.

La maîtrise technique ne bride pas la créativité, elle la libère. Elle donne confiance et permet d’aller plus loin.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.