Il m’arrive de temps en temps, dans Le Lab, de vous proposer un épisode d’une série que j’ai intitulée « Écrire comme… ». Parce que je trouve toujours passionnant de découvrir des témoignages d’écrivains au sujet de leur rapport à l’écriture, de leurs routines, etc.
J’ai initié cette série en 2022, à une époque (lointaine) où ma newsletter Le Lab ne comptait que 600 abonné(e)s ! Plus de 8000 auteur(e)s sont désormais de la partie, c’est pourquoi, pour le petit best of de cette semaine, j’ai eu envie de revenir avec vous sur le 1er épisode : « Écrire comme Martin Winckler ».
Martin Winckler est médecin et auteur, entre autres, de La maladie de Sachs, best-seller écoulé à plus de 300.000 exemplaires et du Chœur des femmes. J’avais eu la joie de réaliser une mini-interview de Martin sur mon compte Instagram il y a 3 ans, et j’avais lu avec plaisir son livre “Ateliers d’écriture”.
Voici donc ses idées essentielles en matière d’écriture :
La simplicité :
Martin Winckler écrit parce qu’il « aime raconter des histoires », parce qu’il aime transmettre, un peu comme on le fait à l’oral. Ses livres comportent d’ailleurs plus de dialogues et monologues que de descriptions.
Lorsqu’on le questionne sur ses routines d’écriture, il cite Isaac Asimov : « J’approche mes doigts suffisamment près du clavier pour qu’ils le touchent et j’écris ».
Commencer petit :
Martin Winckler n’a pas d’emblée écrit un roman, il a commencé par des récits plus courts, articles, nouvelles, billets dans des revues médicales, chroniques radiophoniques, etc. Pour lui, de la même façon qu’on ne court pas un marathon la première fois qu’on chausse des baskets, il est important d’affuter sa plume.
Chacun des textes qu’il a écrits avant La maladie de Sachs a constitué pour lui un travail préalable, le chantier à partir duquel il a pu construire la suite. « Il n’y a pas de “petit” texte », nous dit-il. « Chaque texte prépare le suivant »,
Partir de l’histoire :
Pour commencer un roman, Martin part toujours de l’histoire en premier, et non du héros ou de l’héroïne. Dans son esprit, « il y a toujours d’abord une histoire, même si celle-ci porte en son centre un personnage ».
Il ajoute : « un personnage n’est rien sans son histoire : il est là pour l’incarner, l’habiter, la servir ».
Mettre de côté son syndrome de l’imposteur :
Martin Winckler s’est longtemps débattu avec un syndrome de l’imposteur, parce qu’il ne pensait pas avoir suffisamment de choses à dire, avoir lu suffisamment d’oeuvres de « grands auteurs », parce qu’il se trouvait trop autodidacte pour être légitime, etc.
C’est la vision anglo-saxonne de l’écriture qui l’a aidé à s’en affranchir : en anglais, le mot writer « est dénué de toute connotation qualitative ou sociale ». Il raconte comment, aux USA, alors qu’il affirmait : « Je veux soigner et écrire », on lui a répondu pour la première fois : « Ce sont deux bons métiers ».
Le travail, le talent, apprendre à écrire :
Martin Winckler bat en brèche l’idée selon laquelle la capacité à écrire en roman serait avant tout reliée au talent. Pour lui, le travail est primordial, et cela passe par la pratique (intensive), la lecture et le « bricolage des moteurs narratifs » via des cours ou des ateliers d’écriture.
Pour lui l’idée qu’écrire ne s’apprend pas est un préjugé de classe, et il déplore le fait que trop de personnes se l’interdisent alors qu’elles auraient le désir de se lancer. Il a d’ailleurs animé des ateliers d’écriture en ligne et en présentiel, enseigné dans des universités canadiennes, avec le postulat que « toute construction nécessite un socle et des repères ».
Son substrat d’écrivain :
La matière première à partir de laquelle il écrit est avant tout constituée de deux choses : ses émotions et ses expériences.
Prendre des notes :
La prise de notes est un pilier essentiel de son processus d’écriture. Il a toujours tout noté, depuis l’enfance, des idées, des titres, des fragments de phrases… Pour lui, « ces empilements ne sont pas inertes : leur accumulation fait naître de nouvelles idées, suggère de nouvelles perspectives, et sert de terreau à des textes ».
Comment savoir qu’une histoire est la bonne ?
Martin Winckler expose dans Ateliers d’écriture (un livre écrit au féminin) les éprouvés qui, selon lui, vous montrent qu’une histoire est la bonne, celle que vous devez raconter : « Elle fait naître en vous des émotions complexes, parfois contradictoires ; elle vous intrigue ou vous rend perplexe au point que vous voulez l’explorer sous toutes ses facettes ; enfin, l’idée de l’écrire vous excite et vous stimule, autrement dit : vous êtes impatiente de la raconter”.
Pour finir, voilà le conseil qu’il donnerait à un(e) auteur(e) débutant(e) (il répond toujours au féminin à ce genre de questions) : Ne laisser personne la dissuader ou la dégoûter. Rejeter tous les jugements décourageants et écouter tous les conseils bienveillants.
Et faire ce qu’elle veut. Et lire beaucoup (encore plus qu’avant). On n’imagine pas une peintre qui ne regarde pas les tableaux des artistes venues avant elle ou une musicienne qui n’écouterait pas de musique…
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.