Aujourd’hui, je vous propose de faire un peu de plongée sous-marine. Car beaucoup de conseils d’écriture sont semblables à des icebergs. Ils se présentent sous la forme de phrases simples au premier abord.
Mais dissimulent une partie immergée, des soubassements qui leur donnent plus de sens. Nous allons donc prendre ensemble 6 conseils fréquents en narratologie, et descendre un peu en profondeur.
Iceberg 1 : Dotez votre protagoniste d’une voix singulière.
C’est un conseil que l’on entend souvent, à bon escient d’ailleurs, en matière de dialogue. Certains auteurs disent même que le lectorat devrait pouvoir identifier les différents locuteurs en l’absence d’incises, en se basant sur le ton, le vocabulaire, les expressions de chacun (c’est un peu utopique en réalité).
La partie immergée de ce conseil : c’est l’importance de la personnalité du personnage. Car ce qui rend la voix d’un protagoniste plate, c’est tout simplement un manque de caractère, de personnalité.
Une personnalité fade, floue, donnera une voix plate et mal définie. Pour trouver la voix originale de votre personnage, commencez-donc par cerner sa personnalité.
Iceberg 2 : Dotez-le de qualités et de défauts.
Réfléchir à la personnalité du personnage, c’est fondamental nous sommes d’accord. Mais écrire des termes sur le papier ne nous est pas toujours d’une grande aide. « Elle est introvertie ». « Il est doux et patient ». C’est une première étape, mais cela reste très statique.
Or, notre vie psychologique n’est jamais figée. En Gestalt-thérapie, j’ai eu l’occasion de vous en parler à maintes reprises 😉, on considère même qu’elle se déroule à la frontière-contact entre l’individu et le monde, dans un processus dynamique et sans cesse changeant.
Comment descendre plus en profondeur ? Une astuce ici est de songer systématiquement à des personnes que vous connaissez Puis de piocher chez eux ce qui vous intéresse. Vous pouvez panacher différentes caractéristiques (la prolixité de votre belle-mère, la maladresse de votre meilleur ami, la gentillesse de votre conjoint) pour forger la personnalité de votre personnage.
Le fait de puiser l’inspiration chez des personnes que vous connaissez rendra les choses beaucoup plus concrètes, les ancrera dans le réel et dans une temporalité. (Remarquez simplement combien « il est gentil » est très différent d’« il est gentil exactement comme l’est mon conjoint »).
Iceberg 3 : L’arc trajectoriel de votre personnage principal vise la satisfaction de son besoin profond.
Dans ma séquence de mails « 7 jours pour vous lancer », je vous parle (entre autres choses) d’une astuce pour cerner le besoin profond de votre héros/héroïne : utiliser « les 5 regrets des mourants » de Bronnie Ware.
Qu’y a-t-il en dessous ? Si l’on plonge sous cet iceberg, on remarque qu’en fin de compte et dans tous les cas de figure, votre personnage n’a besoin que d’une seule chose : D’une prise de conscience.
Le chemin passe toujours par là. C’est la première pierre de toute transformation. Exemple : Si votre héroïne néglige sa vie amoureuse au détriment de son travail, elle doit avant tout le réaliser.
Se rendre compte de ce qu’elle perd. Prendre conscience des mécanismes psychologiques à l’œuvre pour parvenir ensuite à faire autrement.
Iceberg 4 : Utilisez le show don’t tell au premier chapitre.
Le show don’t tell, c’est ce procédé narratif qui consiste à montrer plutôt que dire. C’est un élément particulièrement important en début de roman puisque vous avez à accrocher le lectorat en évitant de le noyer sous de longs discours.
La partie immergée : voir grand. Le show don’t tell, c’est bien, mais à condition qu’il soit marquant. Si votre héroïne a pour principale qualité sa générosité, ne vous contentez pas de nous la montrer donnant une pièce de deux euros à un mendiant.
Montrez-nous au contraire des manifestations mémorables ou originales de générosité. En d’autres termes : surprenez-nous et voyez grand. Une autre astuce pour être percutant(e) ici consiste à se placer sur un plan relationnel.
Votre héros est bordélique ? Ne vous bornez pas à nous décrire son appartement mal rangé. Mais mettez ce trait de caractère en scène dans une relation. Emmenez, par exemple, votre héros en vacances chez son frère (maniaque du rangement, de préférence 😉, les contrastes sont toujours bienvenus), et montrez-nous de quelle manière il sème le désordre en quelques heures dans un foyer qui n’est pas le sien.
Iceberg 5 : Un personnage réaliste a des failles et des problèmes.
C’est bien sûr un concept de base : ce qui rend un personnage humain, ce sont ses problèmes, ses ratages, ses failles plus que ses (merveilleuses) qualités. Mais ici aussi, en termes de psychologie, lister des problèmes ne nous donne que peu d’informations.
Pour plonger sous la glace : songez aux réactions de votre personnage en situation de stress, de danger, quand il est sous pression. Devient-il incapable de poser des limites ? Étouffe-t-elle systématiquement sa colère ?
Est-il maladroit physiquement ou verbalement ? Une fois encore, il s’agit d’envisager les choses sous un angle dynamique plutôt que statique.
Iceberg 6 : Un protagoniste de roman doit être actif.
C’est une donnée qui évolue au fil de l’arc du personnage, mais globalement, une histoire sera plus engageante si son protagoniste est actif et ne se laisse pas uniquement ballotter par les événements.
La partie immergée : c’est la possibilité du doute. Certes, le personnage a à prendre en main, peu à peu, le conflit principal du récit, afin d’être véritablement acteur, moteur de sa transformation.
Mais il a aussi le droit de traverser des moments de doute, des phases d’hésitation. De se trouver au bord du renoncement. Se laisser un instant ballotter par les tempêtes ne l’empêchera pas, bien sûr, de reprendre ensuite les rênes du conflit narratif en posant des actes, en prenant des décisions.
Mais lui donner la possibilité de douter le rendra plus humain, et plus réaliste.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.