10 idées pour réussir l’incipit de votre roman

Comme le dit Alice Zeniter, « un incipit, c’est le début d’un livre. Mais “incipit”, c’est plus beau que “début” ». 😅

Ce mot invariable vient du latin incipere qui signifie “commencer” (cultivons-nous un peu 😉). L’incipit constitue la porte d’entrée de votre roman, et donnera (ou pas 😐) envie à vos lecteurs.trices de poursuivre.

Selon les auteurs, il peut s’agir de la toute première phrase, ou bien de la première unité de sens, formée de plusieurs phrases (je préfère, pour ma part, cette deuxième définition).

Soyons clair.e.s : il n’existe pas, objectivement, de critères définissant un bon ou un mauvais incipit. Mais certains d’entre eux ont la capacité un peu magique de nous faire plonger immédiatement dans un roman, de « faire basculer le lecteur dans le monde de l’auteur » comme le dit David Lodge.

Le tue-l’amour : le manque de clarté

Commençons d’abord par un tue-l’amour en matière d’incipit : le manque de clarté. Cela ne signifie pas qu’il faut bannir toute poésie, bien au contraire, mais plutôt éviter d’égarer le lectorat, par exemple en débutant avec un personnage que l’on ne reverra jamais, avec une scène ou un événement qui n’a pas d’importance dans le roman.

Si votre lecteur.trice doit relire trois fois les premières lignes pour comprendre ce dont il est question, ce n’est pas très bon signe. Si l’on n’est pas à l’aise, mieux vaut viser la simplicité.

L’efficacité.

10 pistes pour un démarrage réussi

À l’inverse, voici, selon moi, quelques pistes pour un démarrage réussi : 1. Commencer au coeur de l’action, in media res : Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavés coupant tout droit, à travers les champs de betteraves.

Germinal, Émile Zola.

2. Dans le même registre, commencer avec un dialogue : c’est un procédé que j’aime beaucoup, car il nous plonge d’emblée dans la scène. Je l’ai utilisé dans “Le début des haricots” et “Le millième jour de la marmotte”.

3. Démarrer par un aphorisme ou une réflexion philosophique : Les contes pour enfants sont source de sagesse. Sinon pour quelle raison traverseraient-ils les époques ? Vanessa Springora, Le consentement.

4. Être percutant.e, frapper fort : Les gens qui t’expliquent qu’avant de mourir tu vois défiler tes souvenirs ne sont clairement jamais morts. Moi, la seule chose que je vois défiler, c’est un faux plafond en liège, des néons blafards et des silhouettes en blouse qui me poussent à toute vitesse en hurlant des mots que je ne comprends pas.

Marie Vareille, Désenchantées.

5. Démarrer avec un conflit (au sens large du terme)

6. Donner à voir votre style, ou encore le ton, le thème de votre livre, comme Delphine de Vigan dans “Jours sans faim” (roman qui parle d’anorexie) : C’était quelque chose en dehors d’elle qu’elle ne savait pas nommer. Une énergie silencieuse qui l’aveuglait et régissait ses journées. Une forme de défonce aussi, de destruction.

Cela s’était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Sans qu’elle puisse aller contre.

7. Démarrer avec humour comme Clémentine Beauvais dans “Les petites reines” : Ça y est, les résultats sont tombés sur Facebook : je suis Boudin de Bronze. Perplexité. Après deux ans à être élue Boudin d’Or, moi qui me croyait indéboulonnable, j’avais tord.

8. Piquer la curiosité des lecteurs.trices : Souvent, il arrive qu’on me questionne sur mon travail. La psychothérapie intrigue. Ce sont les premières phrases de mon nouveau roman Psy, jeûne et randonnée, à paraître cet été. 😊

9. Démarrer avec une phrase longue (je pense à Marcel Proust ou à Maylis de Kerangal dans “Réparer les vivants”) ou au contraire avec une phrase très courte voire un seul mot suivi d’un point.

10. Commencer par la fin, comme Leila Slimani dans “Chanson douce”, qui démarre avec la mort des enfants (en ce qui me concerne, je me suis arrêtée là, je n’ai pas pu poursuivre… on peut dire que le pari de donner le ton était réussi 😅).

L’essentiel : donner envie d’aller plus loin

L’idée princeps, c’est vraiment de donner envie d’aller plus loin. Pour cela, mettez-vous dans la peau d’une personne qui ouvre votre livre. Que ressent-elle quand elle parcourt l’incipit ?

Est-elle touchée, émue ? Se pose-t-elle une question ? L’attrapez-vous par la main ? Imaginez un domino, qui appelle la cascade de tous les autres.

Et si vous vous sentez aussi pressurisé.e qu’une cocotte minute, vous pouvez vous détendre en vous disant que cette première phrase pourra être modifiée ultérieurement. Lorsqu’on n’a encore rien écrit, on ne dispose d’aucun repère pour étayer nos choix initiaux.

À l’inverse, à l’aune d’un livre complètement rédigé, on perçoit mieux ce qui est important pour commencer, quels mots sont les plus adaptés en guise de premières briques. Certains écrivains proposent d’ailleurs de se lancer sans réfléchir, avec ce qui vient.

Jean Cocteau conseillait par exemple d’écrire “L’horloge venait de sonner six heures”, puis de continuer. “Une fois que vous êtes parti, supprimez la première phrase qui ne servait à rien, c’était l’amorce”, ajoutait-il. 😀

Sur ce, je vous souhaite un bon week-end et le meilleur pour vos projets de romans, de beaux débuts, des milieux passionnants et des fins qui vous mettront en joie.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.