Faire des choix. Voilà l’une des grandes tâches d’un(e) auteur(e). Chaque étape, chaque phrase du manuscrit constitue une décision à prendre. Décider de l’action suivante. De la réponse du protagoniste dans un dialogue.
Du rythme à impulser au récit.
Parfois, cela se fait de manière fluide. Nous savons où nous allons, nous ne réfléchissons pas. Et parfois, nous séchons. Ou nous posons des décisions inadaptées.
Imaginons une petite scène dans un roman. Deux personnages remontant un boulevard, côte à côte. Le premier guidant le second vers une destination surprise. Le second peut alors dire : « Je crains de commencer à comprendre où tu m’emmènes. »
Ou bien
« C’est encore loin ? J’ai mal aux pieds. » Ou encore
« Je ne sais pas où on va, mais je te fais confiance. » Ou bien : « C’est génial, j’adore les surprises ! » C’est un tout petit exemple, mais vous le constatez, le ressenti du lectorat n’est pas du tout le même en fonction de la phrase choisie.
Revenir aux trois axes du récit
Lorsque la direction à donner à un dialogue ou une action ne semble pas claire, je suggère toujours de commencer par revenir aux trois axes d’un récit : l’intrigue (les péripéties) l’arc trajectoriel des personnages (leur ligne d’évolution psychologique)
Et l’intrigue relationnelle.
Dans mon exemple, vous voyez que la phrase prononcée par le personnage permet de le caractériser. C’est-à-dire de nous montrer une facette de sa personnalité ou de son humeur du moment.
Est-il optimiste ? Est-il tracassé en ce moment ? Quel est son rapport à la nouveauté, à l’inattendu ? Ce début de dialogue nous donne aussi, déjà, des informations sur la relation qui unit nos deux personnages.
La confiance règne-t-elle ? Y a-t-il du grabuge dans l’air ? Notre décision pour ce dialogue créera également, ou pas, les prémices d’un conflit narratif (c’est-à-dire d’une situation conflictuelle au sens large), qui orientera l’intrigue.
En cas de blocage, l’une des solutions consiste donc à prendre de la hauteur. À déplier l’arbre des possibles. Et à choisir ce qui vient soutenir et faire avancer l’intrigue, l’arc trajectoriel des personnages, et l’intrigue relationnelle, de manière crédible.
Penser en interne / externe
On peut aussi penser en termes d’interne/externe. Remarquer que chaque action externe entraine une réaction interne et ainsi de suite, dans une suite sans fin. Le premier personnage guide le second sur le boulevard (action externe).
Le second éprouve une émotion, un sentiment (réaction interne). Il dit quelque chose (action externe). Qui va provoquer une réaction interne chez le premier personnage. Etc. Se laisser guider par cette alternance est souvent utile.
Parce que nous avons parfois tendance à faire l’impasse, ou à passer un peu vite, sur le ressenti du personnage, à la suite d’un événement (sa réaction interne). Lorsque nous prenons le temps d’imaginer cet éprouvé, de le décortiquer, de l’inscrire dans la logique du récit et de la personnalité du personnage, alors l’action suivante s’impose de manière fluide.
Les trois « modes » de contact
Si l’on va plus loin, on se rend compte que cette histoire de choix est une mise en abyme. Nous, auteur(e), faisons des choix pour un personnage lui-même en train de faire des choix. En la matière, j’aime bien m’appuyer sur les apports théoriques de la psychothérapie.
En Gestalt-thérapie, on considère que notre contact avec le monde se fait selon trois axes. Le premier, c’est le “mode-personnalité”. Ce que nous connaissons de nous même. La manière dont nous nous décrivons si l’on nous demande de nous définir.
“Je suis auteure, je suis maman, je suis assistante sociale, j’adore le chocolat blanc, je suis extravertie”. Le deuxième, c’est le “mode ça”. C’est, pour faire simple, l’appréhension corporelle des situations.
Il englobe ce que nous ressentons, notre perception de l’atmosphère, de l’ambiance, avant même d’en devenir conscient(e). Il s’appuie sur l’instant présent, sur nos 5 sens. Et le dernier, c’est le “mode ego”, ce moment où nous posons des choix.
Cette “fonction égo” travaille sur la base des informations en provenance du mode ça et du mode personnalité.
En thérapie, on cherche souvent à travailler un peu plus sur le versant du mode ça. Même s’il est aussi intéressant d’explorer ou d’assouplir le mode personnalité, bien sûr. Pourquoi ? Parce que quand nos choix sont gouvernés par notre expérience accumulée, ils peuvent être un peu rigides, décontextualisés de l’instant présent, nous enfermer dans des schémas répétitifs.
Nous faisons comme d’habitude, sans nous poser de questions, sans voir que cela ne nous convient pas ou plus. Tandis qu’un choix nourri par la fonction ça aboutit en général à des actions plus ajustées, plus créatives, plus reliées au contexte et à nos besoins ou désirs.
Ressentir, mobiliser nos émotions, nos éprouvés, les images qui nous viennent. Essayer de suspendre nos jugements, nos croyances. Sortir de nos sentiers battus. Tenter de nouvelles formes narratives.
Accroître les conflits. Ne pas suivre les premières idées qui arrivent. Renverser les situations. Aller vers la nouveauté. Voilà un travail pleinement créatif que nous pouvons faire en écrivant…
…que notre protagoniste doit également faire, pour vivre une transformation salutaire !
Voilà pour ces quelques pistes de réflexion, qui ne sont pas exhaustives car il y aurait encore beaucoup à dire. 😊
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.