Auteur cigale ou auteur fourmi ?

Quand on est auteur(e), certains chiffres font peur : 30% des Français veulent écrire un roman. Moins d’1% des manuscrits reçus par les maisons d’édition sont acceptés. On se dit qu’on est en concurrence avec un monde fou.

Que notre livre va se noyer dans la masse, qu’il ne sera jamais publié.

En réalité, cette perception des statistiques est biaisée. Elle ne reflète pas la réalité.

Le problème avec les statistiques au sujet des manuscrits acceptés par les éditeurs ou des succès en auto-édition, c’est qu’elles nous font croire que nous sommes tous et toutes, en tant qu’auteur(e), sur un pied d’égalité.

Or, ce n’est pas le cas. Et je ne parle pas de “talent inné” ou de relations. Je parle d’état d’esprit.

Deux types d’auteurs

En la matière, il existe deux types d’auteur(e)s. Les premiers, par analogie avec la fable de La Fontaine, ce sont les auteur(e)s cigales. Les écrivains cigales ont tendance à gaspiller leur énergie.

Ils procrastinent sur leur projet, n’ont pas le temps d’écrire. Leur confiance en eux-mêmes est fluctuante. Ils ne cultivent pas de vision à long terme. Ils commencent à écrire un livre, puis s’arrêtent pour en entamer un second.

Ils se laissent décourager par le premier écueil sur leur route. Fatigués à l’issue du premier jet, ils font l’impasse sur la phase de réécriture. Ils postent tous les jours sur les réseaux sociaux, sans stratégie, et s’épuisent au bout de 3 mois.

Lorsque leur première expérience n’est pas à la hauteur de leurs attentes, ils renoncent à l’écriture.

L’auteur fourmi

Pendant ce temps, une autre catégorie d’auteur(e)s, moins nombreux(ses), a tout compris. Ce sont les auteur(e)s fourmis. Ces personnes-là savent qu’un parcours littéraire se construit dans la durée, avec patience, persévérance et optimisme.

Elles prennent le temps d’écrire, au lieu d’attendre de l’avoir, et savourent le plaisir du chemin. Elles se fixent des objectifs et avancent un pas après l’autre. Elles sont au clair sur leurs méthodes de travail, et connaissent les grandes règles qui régissent la dramaturgie.

Elles font en sorte d’accroître leur créativité, de muscler leur imagination. Leur motivation prend racine dans la joie d’écrire. Elles savent que la première condition pour décrocher un contrat d’édition est d’écrire un roman de qualité, captivant, original, clair, bien mené, dans un style impeccable… et travaillent pour tendre vers ce résultat.

Car elles n’ignorent pas que la chance se provoque.

L’écart se creuse avec le temps

Au départ, la différence entre ces deux types d’auteur(e)s n’est pas flagrante. Mais plus le temps passe, plus l’écart se creuse. Dans 5 ans, les premiers n’auront probablement pas beaucoup avancé ni progressé.

Leur manuscrit prendra la poussière dans un tiroir, ils vivront avec le regret d’avoir renoncé.

Les seconds, par contre, auront parcouru un bon bout de chemin. Ils auront plusieurs romans à leur actif. Ce sera déjà, en soi, une énorme source de fierté. Cet élément sera un argument pour les éditeurs, qui recherchent des personnes avec lesquelles bâtir une collaboration dans la durée.

Ils auront peut-être décroché un premier contrat d’édition (voire plusieurs). Remporté un concours de nouvelles. Commencé à se faire un nom en auto-édition. Bâti un premier lectorat. Ils se connaîtront beaucoup mieux en tant qu’auteur(e).

Ces personnes auront en tête une liste d’écueils à éviter. Elles auront progressé en narratologie, exploré leur style, amélioré leur manière de raconter des histoires. Elles auront commencé à fréquenter des salons du livre, à tisser un réseau.

Leur vitrine sur les réseaux sociaux, bâtie dans la durée et avec une stratégie claire, sera en croissance régulière. Elles constateront la puissance de l’effet cumulé, au fil du temps.

Et surtout : elles seront heureuses d’avoir fait de la place à leur passion dans leur vie, d’avoir réalisé leur rêve de devenir auteur(e).

Il n’est pas toujours simple d’être un écrivain fourmi. Certains jours, on se sent découragé(e). Ou démuni(e). Et seul(e). Je suis passée par là, à mes débuts. Mais j’ai fait en sorte de garder un état d’esprit optimiste, de me relier à mon désir d’écrire.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.