L’infodumping : comment doser l’information en début de roman

Il m’arrive souvent de me promener sur les plateformes numériques et de feuilleter les premières pages de livres édités ou auto-édités.

J’observe la manière qu’a l’écrivain de captiver (ou non) mon attention dès le début. Parfois, je me sens immédiatement immergée dans le récit, mue par l’envie irrépressible de connaître la suite.

Et parfois, l’ebook me tombe des mains, la mayonnaise ne prend pas. La raison la plus fréquente de ce désintérêt ? Une erreur très répandue chez les auteur(e)s débutant(e)s : la surcharge d’informations.

Cela peut sembler trivial au premier abord, mais le dosage de ce que l’on explique aux lecteurs et lectrices est en réalité un point crucial, qu’il faut gérer le plus consciemment possible.

Je vous propose aujourd’hui quelques pistes de réflexion sur le sujet.

1 Tout ce qui peut attendre doit attendre. C’est une règle essentielle, surtout en début de roman. Demandez-vous toujours si l’information que vous vous apprêtez à donner DOIT être dite maintenant. Si ce n’est pas le cas, patientez.

Ne vous précipitez pas et différez votre propos. Les objectifs sont multiples : épargner l’indigestion à votre lectorat, épurer le texte, créer du suspense… bref, ouvrir des portes qui captiveront vos lecteurs et lectrices, sans les perdre en route.

2 Pensez aux rencontres dans la vie. Lorsque vous rencontrez quelqu’un pour la première fois, vous n’avez pas immédiatement accès à toutes ses opinions, ses pensées, l’historique de ses relations amoureuses, à la genèse de sa phobie des coléoptères ou à l’arbre généalogique de sa belle-mère.

Pourtant, cela ne vous empêche pas de commencer à faire connaissance, de sentir certaines choses par l’intermédiaire de détails, d’éléments non verbaux, d’indices dans la conversation ou dans les actes de cette personne.

La mise en présence, au creux de la situation, vous donne déjà beaucoup… dites-vous que c’est la même chose dans un roman.

3 Soyez vigilant(e) avec vos dialogues. – J’ai perdu mon chat. – Ah bon ? – Oui, c’est horrible, j’aimais beaucoup cet animal. Je l’ai adopté lorsque mon père a eu son accident de la route, il y a huit ans. J’avais vingt-trois ans, je venais de rencontrer Lola à la fac de lettres, sa jalousie maladive me rendait malheureux, ma phobie des coléoptères me pourrissait la vie et j’avais besoin de réconfort.

Bon, j’en rajoute (un tout petit peu 😅), mais vous avez compris où je veux en venir : les dialogues perdent en naturel et deviennent rapidement lourds quand on tente d’y insérer toutes sortes d’informations.

4 Faites confiance à votre lectorat. Il comprend, il sait extrapoler, lire entre les lignes. Il n’a pas besoin que vous expliquiez les tenants et les aboutissants par le menu pour capter ce qui se passe.

Laissez-lui de la place, il vous en saura gré.

5 Attention au premier chapitre. Comme je vous l’ai dit au point 1, en début de roman, vos lecteurs et lectrices ne sont pas encore acquis(es) à votre cause, ils/elles ont à entrer dans votre histoire.

À ce stade, veillez à éveiller leur curiosité plutôt que les ensevelir sous une montagne d’informations indigestes.

6 Ne cherchez pas à caser tout votre travail de préparation dans le livre. Oui, vous avez passé beaucoup de temps à rédiger l’arbre généalogique de la belle-mère de votre héros afin de bien connaître vos personnages et de comprendre leurs agissements.

Les recherches et le travail préalable sont utiles pour vous, ils constituent les fondations de votre roman, mais il n’est pas forcément nécessaire de les exposer en détail dans votre roman.

Voilà pour ces quelques pistes (que je vais moi-même tâcher de mettre en œuvre dans mon prochain roman 😊).


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.