Concevoir un réseau de personnages : 5 pistes

Cette semaine, je vais vous parler de réseaux de personnages. Pourquoi est-ce essentiel ? Parce que l’une des plus grandes erreurs des auteur(e)s, c’est de concevoir les personnages de façon juxtaposée.

Comme des individus complètement distincts, indépendants les uns des autres. Cela revient à se priver de l’ingrédient crucial des histoires riches et organiques : les résonances. Au programme de cet email : nous allons parler des pleurs de votre meilleure amie, de freins et de catalyseurs, de présence maternelle et de comparaison (entre autres choses).

Je commence avec un brin de théorie pour asseoir mon propos :

Lorsque votre meilleure amie pleure, vous y êtes pour quelque chose

Je vous l’ai dit la semaine dernière : en Gestalt-thérapie (le courant de psychothérapie auquel je suis formée), on se centre avant tout sur la notion de contact. Avec l’idée princeps qu’une personne est totalement inséparable de son environnement.

Nous sommes, les uns avec les autres, pris dans des situations. Ensemble. Et nous co-construisons ce qui s’y passe. Cette vision des choses modifie la façon de travailler du thérapeute.

Deux exemples en thérapie : Imaginons qu’un patient se sente bloqué. Il n’arrive pas à parler de tel ou tel thème. Il réfute toutes les propositions du thérapeute. Il refuse de se confronter,

à certains aspects de sa vie. Dans une perspective individualiste (qui est une manière d’aborder les problèmes répandue et tout à fait pertinente), en se centrant sur l’individu comme s’il était isolé, on pourra dire qu’il résiste.

On cherchera alors ce qui, en lui, provoque cette résistance. Si, par contre, on envisage les choses sous l’angle du contact, on considérera que la situation est première, et que ce qui se passe dans l’instant est une co-construction des personnes en présence.

Le thérapeute pourra donc, par exemple, se demander (et demander au patient) de quelle façon il contribue à l’apparition de ce blocage. Si un patient se répète, dans son discours. On pourrait postuler que ce dernier tourne en rond.

Déclarer qu’il ressasse sans cesse les mêmes choses. On peut également, si l’on considère que la situation est co-construite par les personnes en présence, se demander s’il y a quelque chose que le thérapeute n’a pas suffisamment entendu, et qui fait que le patient a besoin d’insister.

Un exemple dans la vie : Si votre meilleure amie se confie à vous et se met à pleurer. Bien sûr, il s’agit de “son émotion à elle”. Mais ce n’est pas tout. Cette tristesse appartient aussi à la situation, au champ, et elle en dit quelque chose.

L’émotion nous dit, par exemple, que vous savez instaurer une forme de sécurité pour votre amie. Elle parle du lien qui vous unit. Vos propos, votre style de présence ont permis l’expression de ce chagrin.

Ce qui n’aurait pas été le cas avec son patron ou son frère. Vous êtes partie prenante de la situation. Et votre réaction à ces pleurs influencera ce qui se produira ensuite. Cette façon de voir les choses nous invite à prendre en compte tout ce qui se joue à la frontière de contact entre les individus et le monde, plutôt que considérer que leur vie psychologique est enfermée à l’intérieur d’eux-mêmes.

Partant de là, j’aimerais vous proposer quelques pistes pour bâtir votre réseau de personnages.

Commencez par prendre de la hauteur

Pour construire un réseau, l’une des clés est de regarder les personnages dans leur ensemble et de les envisager comme étant tous, avant tout, au service de l’histoire. Et l’histoire, c’est : * une intrigue guidée par un objectif

(exemple : trouver l’amour, qui est l’objectif d’intrigue classique de toute romance). * Un arc de personnage principal guidé par un besoin de transformation (exemple : guérir une blessure d’abandon pour être capable d’aimer vraiment).

Chaque personnage est alors vu comme l’un des maillons du réseau qui vise à développer, laisser se déployer ces deux éléments (intrigue et arc) de la façon la plus riche et la plus prenante possible, en facilitant le processus ou en générant des obstacles.

Les freins et les catalyseurs

Penser la relation de chaque personnage avec l’ensemble de la structure narrative peut tout d’abord se faire en regardant les rôles de chacun. Certains personnages secondaires ont un rôle de catalyseur.

Et d’autres ont pour fonction d’entraver l’avancée du personnage principal vers l’objectif de l’intrigue et/ou vers son besoin profond. Un exemple pour que ce soit plus clair : Imaginons que je sois en train de créer mon personnage antagoniste principal.

Si je le regarde isolément, sans réfléchir aux liens qui l’unissent aux autres personnages, je vais me contenter de penser qu’il s’agit d’un personnage antipathique, désagréable, méchant, mauvais, etc.

Par contre, si je raisonne en termes de réseau, je vais songer à sa fonction : empêcher mon protagoniste d’aller vers ses objectifs et son besoin profond. Je vais alors tâcher de créer le personnage le plus susceptible d’appuyer sur les zones de faiblesse de mon héros ou de mon héroïne.

De ce fait, cet antagoniste ne sera pas nécessairement antipathique, notre protagoniste peut même avoir beaucoup d’affection pour lui. Un parent plein de bonnes intentions et de projets pour son enfant peut être un antagoniste redoutable. 😉

Vos personnages aussi y sont pour quelque chose

Revenons maintenant à l’échelle des scènes de votre roman. Comme dans mes exemples initiaux, il est important de se souvenir que les personnages présents contribuent tous à ce qui se produit dans une situation.

Ils sont partie prenante, à des degrés divers, de ce qui se passe. Demandez-vous donc comment renforcer, ciseler au mieux cette « participation ». En les dotant de caractéristiques, de ressources, d’expériences de vie soigneusement choisies pour servir les scènes.

Je vous donne un exemple : Dans mon roman, “Le millième jour de la marmotte”, l’héroïne, Eléonore, a manqué d’une présence maternelle. Et n’a jamais pu exprimer la tristesse inhérente à ce manque.

Je souhaitais écrire une scène au cours de laquelle mon personnage pleurait pour la première fois à ce sujet. Pour accroître l’intensité émotionnelle du moment, j’ai choisi de mettre Eléonore au contact d’un personnage secondaire aux caractéristiques spécifiques

: une femme de l’âge de sa mère, maman elle-même (d’un ami d’Eléonore), douce, attentive. Ceci, afin de réveiller le manque avec vivacité, et de fournir à mon héroïne un « réceptacle » pour exprimer sa tristesse.

Le pouvoir des comparaisons

Une dernière idée, c’est de comparer les personnages entre eux lorsque vous les concevez. Mettez en lumière ce qui les oppose et ce qu’ils ont en commun. Voyez de quelle façon ces caractéristiques similaires ou ces contrastes engendrent des mouvements de répulsion, d’opposition, d’éloignement, d’attraction, de rapprochement, etc.

Cela permet de caractériser avec précision vos personnages les uns en fonction des autres.

Voilà pour ces quelques pistes, qui ne sont pas exhaustives, mais qui j’espère sauront nourrir un peu votre propre réflexion et votre créativité…


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.