Il y a 13 ans, j’ai posé le point final de mon tout premier roman. J’écrivais depuis toujours, mais j’avais mis du temps à structurer mon travail. Et à parvenir au bout d’un manuscrit. À cette époque, je ne connaissais pas grand-chose à la narratologie.
Je n’avais aucune expérience du monde de l’édition. Et je sais que j’aurais pu gagner du temps si j’avais eu connaissance de certaines vérités simples. Qui me paraissent évidentes désormais, avec le recul, l’écriture de 8 romans, la collaboration avec 5 grands éditeurs, mon travail d’accompagnante littéraire.
Et aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous 6 choses que je dirais à la « moi d’il y a treize ans », si c’était possible.
Pour progresser, écris beaucoup et mal
Oui, mal. Pas « presque satisfaisant ». Ou « bien, mais peut mieux faire ». Mal. Des phrases un peu clichés. Des dialogues manquant de sous-texte. Des scènes trop molles. Ce n’est pas un problème.
Parce qu’on peut toujours revenir sur un texte, le reprendre, l’enrichir, l’améliorer. Mais tant qu’il n’existe pas, il n’y a rien à retravailler.
À mes débuts, j’écrivais très lentement, aux prises avec un perfectionnisme galopant. Je cherchais la phrase immédiatement juste, le texte parfait (à mon goût) sur le moment. Avec le temps, je me suis rendu compte qu’écrire plus vite, en cessant de me relire ou de tergiverser ne changeait rien à ce qui me venait.
Mais qu’en écrivant beaucoup plus, je gagnais en expérience. Et qu’améliorer un passage imparfait était souvent beaucoup plus simple que ce que j’imaginais. C’est vraiment par la pratique qu’on devient écrivain.
Tu ne vois jamais les brouillons des autres
C’est un corollaire du premier point. Les textes qui paraissent en librairie ne sont pas des premiers jets. Ce sont des romans retravaillés, restructurés. Qui sont passés entre les mains de nombreux professionnels : bêta-lecteurs et lectrices, éditrices, correctrices…
On n’a jamais accès à la première version ni aux suivantes, avant la mouture finale. Alors si vous avez le sentiment d’être au beau milieu d’un chantier en fouillis avec votre roman : pas d’inquiétude, c’est normal.
Le chemin est pavé d’échecs autant que de succès
Lorsque mon premier roman a été refusé par tous les éditeurs auxquels je l’ai envoyé, j’ai vécu un petit sentiment de fin du monde. L’impression que je n’y arriverais jamais. Et puis, je l’ai envoyé au jury du Prix Nouveau Talent des éditions Lattès, et il a obtenu la seconde place du palmarès, assortie de chaleureux encouragements.
Juste après cela, mon roman Le début des haricots s’est vendu à 20.000 exemplaires en auto-édition, et j’ai signé mon premier contrat chez Albin Michel. Un peu plus tard, j’ai connu une année de recherche d’éditeur assez décourageante, avant que Plus que toute autre chose ne paraisse chez J’ai Lu Inédit, et avant ma collaboration pérenne avec Eyrolles.
Quand on regarde le paysage littéraire français, dans lequel 5% des romans publiés font 82% des ventes, on a le sentiment (illusoire) qu’une carrière littéraire est un long fleuve tranquille.
Façon Franck Thilliez ou Virginie Grimaldi. Spoiler alert : c’est un leurre. Ce qui ne veut pas dire que vous n’allez pas y arriver ! Mais que les phases plus compliquées font partie du processus.
Les auteurs qui évoluent sont ceux qui expérimentent
Cette phrase-là m’aurait vraiment été utile. Car, dans le sillage du premier point, j’étais peu encline à tester des choses à mes débuts. À lâcher les chevaux, quitte à faire fausse route de temps en temps.
Je suis convaincue que bâtir un chemin littéraire est une question d’attitude et de travail plus que de talent inné. Les auteurs qui avancent et ont du succès savent se renouveler, ajouter de nouvelles cordes à leur arc.
Tester un nouveau point de vue narratif, se lancer dans un roman choral. Faire évoluer leur style, s’inspirer des nouvelles autrices ou nouveaux auteurs qu’ils découvrent. Jouer avec les structures narratives.
Ces auteur(e)s-là ne traitent pas leur texte comme un objet fragile. Ils l’utilisent comme un laboratoire. Entre celles et ceux qui veulent bien faire en restant sur leurs acquis, et celles et ceux qui veulent avancer, les seconds vont plus loin. Toujours.
Ton texte n’est pas toi
Cette phrase aurait pu m’aider, je pense, à appliquer les principes précédents. En me détachant un peu de mes productions littéraires. Souvent, quand on débute (et même après !), on pose sur la table une grande charge émotionnelle.
Et c’est bien normal : écrire est une forme de dévoilement, qui cristallise une quantité phénoménale d’affects. Mais, pour autant, nous ne sommes pas notre manuscrit. Il est seulement la somme d’émergences qui nous est venue à un moment donné, dans une certaine phase de notre vie.
Et comme nous changeons sans cesse, notre écriture évolue, elle aussi. Je trouve que penser les choses ainsi, en termes de dynamique, de mouvement, est apaisant. Un texte peu abouti ne fait pas de vous un(e) auteur(e) raté(e).
C’est simplement une portion du chemin, avant la période suivante. Si l’on s’identifie trop à son roman, on n’ose pas avancer, on n’ose pas l’imperfection, on n’ose pas élaguer ou transformer.
Alors que l’écriture demande justement cette forme de courage là. Qui savoure le processus autant que le résultat.
Les périodes creuses font partie du travail
Parfois, on s’inquiète quand on n’est pas aussi productif ou productive que l’on souhaiterait. Quand notre manuscrit semble stagner, en jachère voire en friche. Alors parfois, bien sûr, il est nécessaire de prendre les choses en main pour s’y remettre.
Mais parfois, aussi, cette période un peu creuse parle d’un ralentissement indispensable. Certains textes ont besoin de temps. À mes débuts, j’avais tendance à m’en vouloir si je n’avançais pas vite sur mes projets.
Mais avec l’expérience, j’ai constaté que les phases de réflexion n’étaient pas des régressions. Mais plutôt des moments d’incubation. Pendant lesquelles je cogite, mes idées se rassemblent, je me mets au clair avec ce que j’ai envie de raconter.
Toutes choses qui, en réalité, font déjà partie du travail.
Plus que de motivation, tu as besoin de structure, d’un système
À mes débuts, j’avais le sentiment que la motivation était l’ingrédient central pour écrire un roman. Et puis, j’ai pris conscience que d’autres éléments étaient tout aussi nécessaires (sinon plus) :
Une routine d’écriture (susceptible d’évoluer). Des temps volontairement dédiés à mon manuscrit. Une trame narrative sur laquelle m’appuyer. Un plan solide, des arcs trajectoriels de personnages clairs.
Des méthodes et des techniques d’écriture. Cette structure, c’est un ensemble de balises sur le trajet. Là où la motivation s’étiole ou est fluctuante, elle pose une charpente qui guide et qui soutient.
Voilà pour ces quelques phrases qui m’auraient été utiles au départ…
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.