Cette autrice, c’est Clélie Avit. Elle a connu un succès fulgurant avec son premier roman « Je suis là ». Lauréate du Prix Nouveau Talent 2015. 60.000 lecteurs, 24 traductions à l’étranger.
Dans la foulée, elle a quitté son travail de professeur de physique-chimie dans un lycée, pour se consacrer à l’écriture.
La particularité de ce livre, c’est que son démarrage évite ce que j’appelle « le syndrome Wikipédia ».
J’évoquais donc de ce que j’appelle “Le syndrome Wikipédia”. Je peux vous en donner un exemple très parlant. Tiré d’un best-seller : “Les dominos de la vie”, de Laure Manel. (Je commence au 3ème paragraphe du 1er chapitre pour être succincte, mais les quelques phrases qui précèdent sont dans le même registre).
Amélie est née à Brest et vit à Quimper. Elle a toujours vécu dans le Finistère, sauf pendant ses études à Paris. Elle est architecte d’intérieur. Elle aime le chocolat, la natation, danser, pratiquer le longe-côte, la Bretagne, son métier, les gens en général, le jardinage, conduire, le vin blanc, la mer en toutes saisons. Elle n’aime pas se lever le matin, la langue de bœuf, la politique, l’hypocrisie, être passagère dans une voiture, les gens jamais contents, la nuit qui tombe trop tôt l’hiver.
Le syndrome Wikipédia
Le syndrome Wikipédia, c’est un catalogue d’informations. Il en existe différentes déclinaisons. Dans les premières phrases, les premières scènes, le premier acte. L’idée commune, c’est de vouloir amener tout de suite l’ensemble des tenants et aboutissants de l’histoire, énumérer rapidement toutes les caractéristiques des personnages.
Catapulter directement les lectrices(teurs) dans les lieux, sans avoir pris soin au préalable d’ouvrir la porte et de leur donner envie d’entrer.
Laure Manel, elle, peut se permettre de jouer avec les codes. De démarrer avec deux pages de listes façon Amélie Poulain sans craindre de rebuter son lectorat. Parce que ce dernier est déjà totalement acquis à sa cause.
La « méthode Netflix » : accrocher d’abord
Mais si vous n’êtes pas dans sa situation, sombrer dans ce syndrome pour vos premières scènes est périlleux. Je vous conseille plutôt de procéder selon ce que j’appellerai ici « La méthode Netflix ».
La méthode Netflix consiste à alpaguer les lectrices et lecteurs. Les accrocher, les plonger dans un climat émotionnel singulier avant de déballer toutes les informations. Créer un premier contact captivant et original.
En utilisant, par exemple, un conflit narratif puissant, des révélations partielles, des symboles, une caractéristique particulière du personnage principal, etc. Il s’agit d’accueillir les personnes sur le seuil.
De leur donner envie de rester avec vous (jusqu’au bout). Et cela ne concerne pas uniquement les romans d’aventure ou de SFFF. C’est valable aussi en littérature blanche et dans tous les autres genres.
Clélie Avit, dont je vous parler en introduction, fait cela à merveille.
J’ai froid. J’ai faim. J’ai peur. Du moins, je crois. Ça fait vingt semaines que je suis dans le coma et j’imagine que je dois avoir froid, faim et peur. Ça n’a aucun sens, parce que si quelqu’un doit savoir ce que je ressens, c’est bien moi, mais là… Je ne peux qu’imaginer. Je sais que je suis dans le coma parce que je les ai entendus en parler.
Vous voyez qu’elle sait immédiatement nous rendre curieuses(eux) de la suite. Ce ne sont que les premières phrases de « Je suis là », mais l’ensemble de son premier acte est un modèle de maîtrise.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.