Je vais vous faire une confidence. J’adore écouter des entrepreneurs parler business et marketing. Et si l’on m’avait dit, il y a 10 ans, que j’écrirais un jour cette phrase, je ne l’aurais pas cru.
Tant mon point de vue de médecin généraliste me semblait à mille lieues de ces perspectives-là. En fait, avec le temps (et mon entreprise de masterclass d’écriture), j’ai pris conscience d’une chose.
Que l’on peut s’intéresser à ces domaines sans renier ses valeurs. En restant éthique, fidèle à des principes d’altruisme et de bienveillance.
Je me suis aussi rendu compte que beaucoup de conseils d’entrepreneuriat pouvaient s’appliquer aux auteur(e)s de romans. Écrire un livre, c’est se lancer dans un projet ambitieux. C’est prendre le risque de l’échec, quel que soit le sens que l’on donne à ce mot.
Le risque de s’exposer. C’est se frotter à la nécessité de parler de son texte. Bref, des préoccupations assez voisines de celle d’un entrepreneur lambda.
Il y a quelques jours, j’ai écouté l’interview d’un entrepreneur et investisseur renommé. Vous le connaissez peut-être. Il s’agit d’Éric Larchevêque. J’ai trouvé ses propos clairs, et souvent enthousiasmants.
Et j’ai relevé 3 punchlines qui m’ont semblé tout à fait pertinentes pour les auteur(e)s, et dont j’avais envie de vous parler aujourd’hui.
« Je me fous de ton idée ».
Au cours de l’entretien, Éric Larchevêque expliquait que les entrepreneurs qui viennent le voir ont très souvent un point commun. Ils arrivent en déclarant : « J’ai une idée, mais je ne veux pas en parler. Je crains qu’on me la vole ».
Ce à quoi Éric Larchevêque répond systématiquement : « Je me fous de ton idée. Toutes les idées sont déjà venues à l’esprit de quelqu’un d’autre. Ton idée n’a absolument aucune importance.
Ce qui m’importe, c’est que tu m’expliques comment tu vas l’exécuter. »
Cela rejoint, selon moi, la question de l’originalité. Depuis l’invention de l’écriture en Mésopotamie, il y a 5000 ans, on peut considérer que toutes les thématiques existantes ont été abordées en littérature.
Ce ne sont ni les idées principales ni les thèmes de votre roman qui lui confèrent son originalité. Nombre de best-sellers traitent de sujets mille fois abordés, et universels. La singularité de votre livre viendra de la manière dont vous vous emparerez de cette thématique.
De votre histoire, et non de l’idée de départ. Votre style, votre ton, l’agencement de vos phrases, votre poésie personnelle, vos personnages (qui, comme tout être humain, sont uniques), vos choix scénaristiques, les détails de votre univers, l’enchainement des événements et des rebondissements, votre façon de gérer le suspense…
Eric Larchevêque allait plus loin, en ajoutant qu’un entrepreneur qui considère que sa valeur réside dans son idée a une piètre idée de lui-même, car les idées en elles-mêmes ne valent rien.
Et je crois que cela peut être un encouragement si vous hésitez à écrire sur un sujet “banal”, ou déjà traité par d’autres. Oui, tout a déjà été raconté, mais jamais à votre manière. D’ailleurs, nous aimons tous entendre des histoires sur des sujets universels, quels qu’ils soient.
La magie, le mariage, le trauma… (Je vous laisse compléter cette liste à votre guise.) Si votre récit est captivant, que vous savez prendre votre lectorat par la main pour l’emmener dans votre monde singulier, votre livre sera réussi.
Je pourrais aussi ajouter, ici, qu’un bon roman n’est pas fait d’une seule bonne idée. Mais d’une combinaison d’idées lumineuses. Si vous songez à Harry Potter, vous constaterez que le génie de JK Rowling se niche dans les détails.
Dans son inventivité sans bornes. Une idée bluffante à chaque page. Et pas uniquement dans le concept initial d’une école de sorcellerie et de sorciers vivant incognito parmi les moldus.
« Réfléchir, c’est renoncer ».
Eric Larchevêque expliquait ensuite qu’il déconseille totalement aux entrepreneurs qui débutent de concevoir un business plan. Pour lui, c’est une forme de procrastination. On rédige cinquante pages de planification déconnectée de la réalité.
Et dans les mois qui suivent, rien ne se passe comme prévu. Selon lui, il faut foncer et agir. Se lancer, plonger dans la pratique. Car « réfléchir, c’est renoncer ». Cette phrase est assez saisissante, non ?
Et cela me mène à nouveau à l’écriture d’un roman. Pour ma part, je vous conseille de faire un plan. 😊
Mais pour rédiger le premier jet, la consigne de se lancer, de passer à l’action me paraît tout à fait pertinente. Quand nous réfléchissons trop, quand nous relisons sans cesse ce que ne venons d’écrire, les doutes sont souvent prompts à arriver.
Le syndrome de l’imposteur n’est jamais très loin. Et l’on peut traîner des années durant sur le même manuscrit, alors qu’il est primordial de pratiquer, de se confronter longuement au processus pour se bonifier en tant qu’écrivain.
« L’échec, on s’en fiche ».
Eric Larchevêque abordait également le sujet de l’échec, en déclarant : « L’échec, on s’en fiche, car il est transitoire. Il va disparaître. Il faut arrêter avec la peur de l’échec. Le problème, ce n’est pas l’échec, mais la peur de l’échec en elle-même.
Et comment se débarrasser de cette peur ? En passant à l’action et en annonçant publiquement ce que l’on va faire. » À ce moment-là, selon lui, la peur de l’échec disparaît, remplacée par une peur de manquer à notre parole.
Bon, je ne suis pas en train de vous suggérer d’attraper votre téléphone et d’envoyer un SMS à tous vos contacts pour leur annoncer en fanfare que vous comptez avoir écrit un roman d’ici 3 mois.
Mais si vous sentez qu’un tel appui vous serait utile, vous pouvez peut-être en parler à un(e) ami(e) de confiance. Ce que les Anglo-saxons appellent un accountability buddy. Parler de votre projet à une personne qui vous encouragera, saura où vous en êtes, vous demandera régulièrement des nouvelles peut être soutenant dans les moments où le chemin est rude.
Quant à l’échec, je partage pleinement la vision d’Éric Larchevêque. Mon propre parcours littéraire est pavé d’échecs autant que de succès. J’ai parfois traversé des montagnes russes émotionnelles avec certains manuscrits.
Bien sûr, si vous vivez actuellement une période difficile avec vos romans, il est important de prendre soin de vous. Et d’acter combien la réalité se montre différente de vos attentes.
Mais vous pouvez aussi vous dire, si c’est audible pour vous dans ce moment, que l’échec ne va pas durer. Tout change. Tant que l’on se relie au plaisir d’écrire, à l’élan premier qui nous pousse vers l’écriture, il est possible d’avancer.
Et de se trouver surpris(e) par ce qui émerge.
Voilà pour cet e-mail Marketing/Business d’un genre un peu particulier. 😅
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.