Parfois, quand il s’agit de doter nos personnages de failles, de blessures ou de défauts, on est un peu frileux.se. On se dit : « Quand même, je suis auteure de feel-good, je ne vais pas plomber l’ambiance avec une histoire d’abus ».
« C’est une romance, un deuil n’y a pas sa place ». « J’écris de la fantasy, les problèmes psychologiques, ce n’est pas mon rayon ». Et nous nous retrouvons à noter sur notre fiche “Opaline est bavarde”, “Achille est gourmand”, “Hildebert a peur des araignées”, histoire de nous donner bonne conscience (« Voilà, c’est bon, mon personnage n’est pas parfait »😉).
Doter ses personnages de fêlures
Penser ainsi, c’est faire fausse route. Et pour illustrer mon propos, j’aimerais vous parler d’un conte chinois, « l’histoire des deux seaux ».
Voici donc le conte des deux seaux : Il était une fois, dans un village chinois, une vieille dame qui chaque jour se rendait au ruisseau, portant deux grands seaux d’eau suspendus à une perche appuyée contre sa nuque. L’un des seaux était intact, tandis que l’autre était fêlé et laissait échapper un filet d’eau tout au long du trajet. Pendant des années, la vieille dame réitérait les mêmes gestes, rapportant chez elle seulement un seau et demi d’eau.
Le seau intact se sentait fier de sa perfection et de sa capacité à accomplir sa tâche sans défaillance, tandis que le seau fêlé se sentait inutile et imparfait. Un jour, au bord du ruisseau, le seau fêlé s’adressa tristement à la vieille dame : « Je suis si désolé de ne pas être capable de garder toute l’eau pendant le trajet. Je suis imparfait et je ne peux pas accomplir ce pour quoi j’ai été créé. »
La vieille dame sourit et répondit avec bienveillance : « Mon cher seau fêlé, as-tu déjà remarqué les magnifiques fleurs qui poussent sur ton côté du chemin ? Je suis au fait de ta fêlure, et j’ai semé des graines sur ton passage. Chaque jour, lorsque tu laisses échapper l’eau, tu arroses les graines et elles engendrent ces splendides fleurs qui embellissent le sentier et notre maison. »
Le seau fêlé fut émerveillé par les paroles de la vieille dame. Il prit subitement conscience que ses blessures n’étaient pas des faiblesses, mais plutôt des opportunités de transformation.
La leçon pour vos personnages
Je pense que nous pouvons garder cette image en tête lorsque nous concevons nos personnages. Leurs blessures sont les moteurs de l’arc narratif. Le point de départ d’un chemin de transformation.
Loin de plomber votre roman feel-good ou votre romance, d’égarer votre récit de fantasy ou de science-fiction, la trajectoire psychologique de vos protagonistes donnera, au contraire, de l’intensité émotionnelle à votre histoire et touchera les lecteurs.trices en profondeur.
Car c’est au travers des fêlures que la lumière s’infiltre. 😊
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