L’une de mes passions dans la vie consiste à passer la tondeuse à gazon (ne rigolez pas, c’est très sérieux). Je suis fascinée par ce processus qui transforme un jardin embroussaillé en espace épuré.
Les parfums dans l’air, l’atmosphère, les ombres et les reliefs changent après le passage de la tondeuse. L’ambiance est souvent plus paisible.
Tondre la pelouse est aussi pour moi l’occasion de laisser voguer mes pensées sur mon roman en cours, sur mes personnages. De faire entre le jardinage et l’écriture des parallèles que j’aimerais partager avec vous.
Élaguer : lâcher prise sur ses phrases
Je pense tout d’abord au fait d’élaguer un texte, de le resserrer en enlevant des phrases ou des paragraphes. Il n’est pas toujours simple d’identifier le superflu, de supprimer des mots auxquels nous étions attachés.
Si vous avez eu l’occasion de travailler avec un(e) éditeur.trice, vous voyez sûrement ce dont je parle. Pour ma part, j’ai mis du temps à m’y habituer. Le manuscrit du “début des haricots” n’a quasiment pas été retouché lors du travail éditorial, et les rares modifications effectuées ont pourtant été douloureuses (ça me paraît bien loin et étrange aujourd’hui 😄).
Le texte de “médecine 2ème année”, par contre, a beaucoup changé avant sa parution, et cela m’a énormément appris. Épurer un roman est une expérience de lâcher-prise, de confiance dans le fait que nos phrases ne sont pas figées dans le marbre, qu’elles peuvent évoluer, et surtout, que notre créativité est infinie.
On a parfois la croyance que notre capacité à écrire, la quantité d’idées à laquelle nous avons accès sont limitées, mais il n’en est rien.
L’écriture comme jardin intérieur
La seconde pensée qui me vient souvent lorsque je tonds concerne la liberté. Plus qu’une simple activité, l’écriture est un espace, un jardin intérieur au sein duquel ce qui survient nous appartient pleinement. Nous y sommes libres d’inventer, de semer, faire fleurir, de couper une branche puis de la jeter au compost ou la transformer en bouture, de faire pousser de nouvelles graines…
Et si par moments, des doutes surgissent telles de mauvaises herbes, souvent en lien avec le regard des autres, les critiques, le syndrome de l’imposteur –, il me semble que renouer avec ce petit jardin dont nous sommes l’unique propriétaire, comme cette “safe place” chère aux praticiens en hypnose, est un travail salutaire.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.