Show don’t tell : mode d’emploi

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du show don’t tell, ce procédé narratif qui consiste à montrer les choses plutôt que les dire, donner à ressentir plutôt qu’énoncer. Éviter, par exemple, d’écrire “Marie était profondément triste”, mais nous amener, progressivement, à sentir tout ce qui compose la tristesse de Marie, les forces à l’œuvre dans la situation.

Il s’agit de prendre les lecteurs.trices par la main, de faire en sorte qu’ils arrivent à la même conclusion que vous (Marie est triste, et même mieux : je suis triste avec Marie) sans nommer expressément les éprouvés.

Une parenthèse, au passage : pour que votre lecteur soit, peu à peu, coloré par le récit, gagné par l’émotion, il faut y aller lentement. À petite touches. J’aime bien cette citation du poète W.H. Auden : “La vérité, comme l’amour et le sommeil, n’aime pas les approches trop intenses”.

L’erreur : réduire « montrer » au visuel

Mais un écueil fréquent quand on essaye d’apprivoiser cette notion est de prendre le terme “montrer” au pied de la lettre, de ne considérer que sa composante visuelle. Voilà ce que ça pourrait donner :

Martin se laissa tomber lourdement sur un fauteuil. Il fixa un long moment le mur blanc qui lui faisait face en secouant la tête, avant de presser ses tempes des deux poings, les yeux fermés.

Puis, il se redressa et prit son téléphone. “Je vais appeler ce psychiatre”, murmura-t-il. Dans ce paragraphe, “montrer” se réduit à la description du langage corporel du personnage, alors que la notion de show don’t tell est bien plus large : montrer les différentes facettes d’une situation pour induire une traduction émotionnelle chez les lecteurs.trices.

Martin se laissa tomber lourdement sur un fauteuil, fixa un long moment le mur blanc qui lui faisait face. Les souvenirs de l’accident lui revenaient par bribes, par flashs phosphorescents.

Il pressa ses tempes des deux poings. La sortie de route, la voiture incontrôlable. Ces images le hantaient, le poursuivaient partout. Il se redressa et prit son téléphone. “Je vais appeler ce psychiatre”, murmura-t-il.

Nous comprenons ici que Martin est traumatisé, sans que cela soit dit explicitement. Voilà pour la réflexion du jour… et comme d’habitude, je crois que le maître-mot est expérimentation. C’est en faisant des essais, en prenant conscience de la manière dont on amène les informations aux lecteurs.trices, que l’on affine notre usage singulier de ce procédé narratif.


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